CHRONIQUE
Monumenta
En ce moment Paris, sur le plan des expositions muséales accomplit de hauts faits : Louise Bourgeois, les dessins et eaux fortes de Goya ou encore, au musée de la ville de Paris, un artiste encore supérieur à Keith Harring.
Mais actuellement deux expositions dominent tout : Richard Serra au Grand Palais, qui succède à Anselm Kiefer et le dépasse d'une certaine manière, et au Musée de la Ville de Paris une retrospective Peter Doig, considéré à juste tritre par l'ensemble de la critique (mais non du public) comme l'équivalent contemporain de Van Gogh. Les deux rendent indispensables un détour par Paris. Quand à ceux qui négligent ces événements, ils sont sigulièrement indifférents à l'Art de notre siècle.Ces deux expositions monumentales, allez y de ce pas.
Les monolithes de Richard Serra
Serra est considéré comme le plus grand sculpteur vivant. C'est le spécialiste des énormes plaques de fonte ondulées qui modulent l'espace. Lorsqu'on pénètre dans l'immense verrière du Grand Palais, on est déçu : des plaques de 17 mètres de hauteur, de 4 mètres de largeur et de 13 cm de tranche pèsent 75 tonnes chacune. Il y en a cinq (je ne me rappelle pas exactement et ce n'est mentionné nulle part dans la plaquette officielle!) .Quoi qu'il en soit, ces plaques d'acier brunâtre, sont toutes identiques et désespérément statiques. "Il ne s'est pas foulé, murmure un visiteur). Et puis... C'est la révélation apportée par de charmantes guides qui nous introduisent dans l'oeuvre. Celle-ci ne peut être perçue qu'en se promenant selon un axe nord-sud, ou encore, n'importe comment. Alors tout s'anime. Des monolithes qui nous semblent deux fois plus petits que les voisins distants de dizaines de mètres, ne se trouvent qu'à quelques enjambées. En parcourant l'espace, on est saisis de vertige, certains monolithes se précipitent contre vous, menaçant de vous écraser, d'autres brusquement , disparaissent, tous bougent les uns par rapport aux autres, ils sont tous inclinés d'une manière différente et on découvre qu'ils envahissent tout l'espace. C'est une expérience unique. Deux achats s'imposent : le film officiel qu'on ne trouve sûrement qu'au grand palais, L'Odyssée de l'Espace, le chef d'oeuvre de Stanley Kubrick, autrefois un film culte, aujourd'hui injustement oublié des jeunes générations. A commander impérativement chez Amazon. Vous y retrouverez les fameux monolithes et leur sens caché, mystérieux.
Peter Doig.
Pas la moindre critique qui ne soit fascinée. Nous avions Marina et moi vu une de ses oeuvres - celle qui fut immédiatement acquise par Beaubourg : un vieux jeune homme barbu, les yeux vides dans un canoë, non loin d'une île funèbre, l'île des morts d'après Boecklin. C'était en 2002. Depuis le scénario se répétait infailliblement :chaque oeuvre exposée dans un musée est acheté par celui-ci le mois d'après. Aujourdhui on découvre dans une magnifique rétrospective au MAM de la Ville de Paris des toiles que bien des visiteurs comparent à celles de Van Gogh. L'artiste a osé dans un siècle de dérision et de distanciation, réintroduire la belle peinture, telle qu'on la faisait avec délectation jadis. De merveilleuses couleurs, un style très original et un thème désolant. Le constat de la solitude de l'homme, sa disparition dans la nature, son incompréhension du monde où il vit. Non pas nostalgie mais constat d'échec.
Un seul livre potable, celui de la rétrospective de Nimes. Les autres scient toujours les images au milieu, y compris le guide de l'exposition qui pratique aussi le saucissonnage.