Tout comme le Professeur Lussato, le sujet qui me préoccupe depuis des décennies concerne l’organisation sociale. J’ai toujours été surpris que les philosophes dépensent tant d’énergie à enseigner aux hommes la morale et la vertu sans jamais se demander si les organisations sociales ne devraient pas aussi bénéficier de quelques sagesses. Et pourtant les organisations sociales ne sont-elles pas aussi responsables que les individus des désastres qui nous affectent ? Les dérives individuelles, les crimes et la misère qui les conditionne ne sont-ils pas le plus souvent des faits incompréhensibles sans regarder les travers de la société qui les a fait naître ?
En tant qu’organisateur d’entreprise le Professeur Lussato a rencontré de nombreux clients à la recherche de conseils pour constituer des organisations plus efficaces, plus rentables et plus compétitives. L’enseignement qu’il a diffusé se situait dans la continuité des théories de Weber dans la prise en compte de la composante humaine de l’organisation du travail quitte à adopter des stratégies de management qui de prime abord ne concouraient pas nécessairement à la diminution des charges de l’entreprise. Ainsi les dirigeants sont souvent aptes à comprendre qu’une stratégie peut se révéler contre productive si elle se heurte à la dimension humaine de l’entreprise. Toutefois, on déplore que l’entreprise soit à peu près la seule organisation sociale demanderesse de conseils pour son organisation. Les autres organisations et notamment, les institutions religieuses ou gouvernementales, semblent nettement plus chevillées sur leurs structures et sur leurs propres logiques quitte à en oublier elles aussi la dimension humaine qui les compose.
A l’origine la vertu était enseigné aux hommes en faisant appel à des paraboles. La parabole présente l’avantage d’être facile à mémoriser tout en autorisant de nombreuses interprétations. Elle se prête encore plus à notre exercice car finalement nous avons bien du mal à nous figurer une organisation vertueuse sauf à la comparer à l’individu qui reste notre échelle de référence.
Comme le Professeur Lussato me l’a demandé, je vous livre aujourd’hui, une première parabole et vous en donnerai une lecture explicite la semaine prochaine, accompagnée d’une seconde parabole. Nous nous fixons donc un rendez-vous hebdomadaire auquel j’essayerai d’être aussi fidèle que possible. En attendant, vous pouvez par vos commentaires tenter de donner votre propre lecture de mes énigmes.
« Le monde est à l’image d’un homme qui avait été abandonné par son père pendant son enfance et qui, devenu adulte, vouait une immense admiration pour un acteur riche et célèbre. L’admirateur ne cessait d’écrire pour être reçu mais ses demandes restaient sans réponse. Un jour que l’acteur déclinait et se trouvait au seuil du trépas, il fit appeler l’admirateur qui en fut réjoui mais étonné car il avait perdu espoir depuis longtemps. L’admirateur vint et couvrit son bien-aimé de fleurs et de remerciements. Mais l’acteur le repoussa et lui dit : - couvre-moi plutôt d’insultes et de coups car en vérité je suis ton père qui t’a abandonné pour trouver la gloire de mon temps et perdre mon éternité. »
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