Vendredi, 19 octobre 2007
Une soirée chez les dieux
Elle a commencé chez les démons. Je joue de malheur. Je commence à faire tomber mon portable dans ma baignoire. Le nouveau Nokia qui le remplace n'est accessible qu'à des ingénieurs, il chauffe toujours autant que l'autre et oublie de signaler certains messages en absence, au hasard.
La carte flash de mon psion s'est altérée. Dégradation sélective car tout le fatras dont je ne me sers pas est indemne, seuls ont disparu mon répertoire téléphonique et mon agenda. Oui, Oui, je ne suis pas stupide, j'ai sauvegardé, mais tous les mois. Or c'est le dernier qui est toujours le plus utile ! J'ai passé ma nuit à essayer de reconstituer une partie des informations altérées.
J'ai renoncé à changer de Sony. Les uns me disent qu'il faut bénéficier de Vista, d'autres, en majorité, que Vista, outre qu'il faut être un petit génie pour l'utiliser, ne marche que par intermittence, et qu'il vaut mieux installer le vieux modèle Professional XP. Ce n'est guère enthousiasmant.
Enfin, cerise sur le gâteau, je viens d'effacer tout mon billet. Sans fausse manoeuvre. On me dit qu'il faut enregistrer toutes les cinq minutes pour minimiser les dégats. Donc je vais m'interrompre pour enregistrer.
Continuer à lire "Le journal du 19 octobre 2007"
Dimanche, 29 juillet 2007
Aimez-vous Brahms?
J'écoute très peu de musique enregistrée chez moi, et ailleurs. J'ai une assez bonne mémoire musicale, et je puis à volonté me souvenir des pièces entendues et jouées pendant une vie. Je travaille en me concentrant sur des oeuvres énigmatiques, à la recherche de secrets pressentis et enfouis, bien au delà des notes.
J'ai passé ces jours-ci par des moments éprouvants et de nature à vous emplir à la fois d'enthousiasme et de déception. Un des soutiens les plus précieux a été ce blog, par une certaine affection que je sens -peut être à tort- dans ces passagers inconnus et en particulier ceux qui de minuit à neuf heures du matin se pressent nombreux pendant que je rédige ces lignes. Certains ce sont matérialisés par leurs commentaires, d'autres ont été plus loin et se sont fait connaître par leurs emails, un est même apparu en chair et en os me rendre visite! Mais j'ai ressenti la même présence familière et bienveillante, que m'ont toujours prodigué les étudiants de ma chaire du CNAM. Je les regrette. Ne croyez surtout pas que je sois dépourvu de discernement. En fait je suis très sélectif. J'ai eu une antipathie largement partagée pour les auditeurs de l'APM, qui attire des conférenciers de renom et composés de gens qui se croient arrivés : cadres supérieurs de grandes boites, petits patrons de petites entreprises, roitelets dans leur patelin, tous empreints de condescendance. J'avoue ne pas avoir aimé non plus mon public de HEC, ni les graduates de Wharton. En faisant les comptes, je ne trouve que mes séminaires pour une grande entreprise du Nord, avec des gens venus de la base, désireux de s'instruire, mon public du CNAM, des fidèles, des amis, et enfin à présent mes internautes auquel je m'attache comme si je les conaissais. C'est Beethoven qui à propos de la Missa Solemnis écrivait en exergue "que venu du coeur, cela aille au coeur". Et pourtant cette fresque digne de la Sixtine, contient des passages parmi les plus complexes jamais composés, conçus dans les affres du travail le plus laborieux et le plus douloureux, au terme d'une lutte entre les forces de la convention et celles de la novation. Ainsi le dernier billet de Marina Fédier trouve-t-elle l'illustration la plus frappante dans cette oeuvre transcendante qui, selon l'expression du génie de Bonn, a infusé dans les formes anciennes l'esprit le plus libre.
J'ai réécouté ce soir des pièces tardives pour piano de Johannes Brahms (les op. 118 et 119). L'interprétation admirable de Julius Katchen est toute entière orientée vers l'expression alors que celle, respectueuse du texte de Klien (cf. Brahms quatres ballades) reste en déça. Mais, paradoxe, c'est la version neutre qui l'emporte, car la nostagie du compositeur n'interfère pas avec celle que veut lui infuser l'interprète.
Ces considérations ne sont pas destinées à des musiciens ni à ces mélomanes qui courent les concerts. Les intermezzi de Brahms op.118, non plus.
J'ai écouté ces pièces toute ma vie, mais depuis une vingtaine d'années je les ai perdues de vue. Dans l'intervalle j'ai travaillé les quatre ballades op.10.
Par hasard j'ai écouté sur ma médiocre chaîne d'appoint ces pensées musicales, courtes, évasives, humbles et j'ai ressenti l'âme désenchantée du compositeur s'emparer de mon esprit, de mon coeur, de mes sens. J'ai pleuré à la pensée des souffrances que cet homme a dû enduré pour composer ces miniatures de douceur et d'amertume. Beaucoup de regrets d'une vie sentimentale absente, d'un cancer affectif qui ronge l'âme et pis encore de résignation.
Mais, voilà. On sort de ces vingt minutes d'audition, bouleversés par la beauté inouïe des mélodies, par la subtilité indicible de leur traitement, de l'oxymoron musical : solitude sans fond et sans fin, rêve d'amour et de tendresse, composition d'une rigueur et d'une raffinement insurpassable mais toujours au service de l'expression.
Le privilège d'écouter cette demi-heure de musique, vaut une vie de renoncements. C'est une expérience inimaginable pour qui n'a pas gôuté au sommet de l'art musical, et même pour des mélomanes épris d'oeuvres plus imposantes. Aussi, je voudrais faire un pari avec ceux d'entre vous qui n'êtes pas allergiques à la musique classique.
Achetez les pièces op.118 et 119 de Brahms par Bakhaus (Decca) ou par Katchen (dans l'intégrale de Decca). N'écoutez qu'elles pendant une semaine, à l'exclusion de toute autre musique. Au début vous n'entendrez que des notes informes, ternes, sans relief et peu séduisantes. Continuez. Les mélodies commenceront à apparaître, environnées d'une soupe de sonorités insaisissables. Persistez. Le polaroïd musical continuera de se développer. Il arrivera un moment où tout semblera clair, chantant, logique, et beau. Abandonnez l'écoute, et revenez-y au bout d'une semaine. Un travail de murissement aura décanté les notes. Les mélodies se transmueront instantanément en une plainte d'une douceur infinie : vous parlerez avec Brahms, comme Bach parlait avec Dieu.
Si je vous conseille cette immersion c'est qu'elle est de courte durée et que dévoilées ces petites pièces vous feront comprendre pourquoi les musiciens les considèrent comme le chef d'oeuvre absolu du grand compositeur.
Continuer à lire "Le journal du 29 juillet 2007"
Mardi, 26 juin 2007
La réduction du paquet d’ondes, une métaphore de la création
Je me souviens qu’un devoir qui m’avait été imposé au Bac était lié à la distinction entre imagination diffluente et imagination créatrice.
L’imagination diffluente, n’est pas centrée, ni structurée. Elle n’obéit pas à une logique précise et d’apparente plutôt à ces rêves éveillés où vous vous rêvez tout à la fois grand savant, président de la République et jouisseur paresseux de la Jet Sociéty. Sans aller dans des exemples aussi caricaturaux, quel est le poète débutant, le peintre du dimanche, le romancier en herbe, le compositeur amateur, qui saisis par un enthousiasme irrépressible ne s’écrient
« je sens que je vais faire quelque chose de grand, de neuf, d’original, le vois clairement l’œuvre terminée, je sens les clameurs de mes admirateurs, oui, j’ajouterai ma pierre à la postérité ! »
Malheureusement dès que ces magnifiques images, ces sons délicieux ou âpres, ces intrigues originales mettant en scène des personnages saisissants, glissent de la rêverie, aussi aboutie fût-elle, à la réalisation, toute cette magie s’évanouit au dur contact du matériau.
Sous la plume, le vers hésite, le clavier stérilise la phrase inspirée, les couleurs ne veulent pas épouser la teinte rêvée, et il en est de la mélodie pressentie, comme des mots que l’on sent au bout de la langue et qui ne veulent pas sortir de leur silence. Pour rester dans la métaphore quantique, il suffit d’observer notre création en gestation pour la faire avorter. Lorsque nous comparons le résultat de notre rêve créateur dans l’univers matériel on a le plus souvent un choc, et il n'est pas agréable. C’est le fameux passage du Deuxième monde de Popper (celui du psychisme et des états de conscience) au Troisième monde (celui des projection mentales dans l'univers physique) qui fait problème.
Continuer à lire "Physique quantique et création artistique"
Jeudi, 21 juin 2007
Mozart, sonate KV 310. 1er Mvt. Version 3
Cette version 3 est plus conforme à la partition, notamment dans le respect du piano dans la section de conclusion. Pour la suite cliquez ici : ♦
Continuer à lire "La sonate KV310 pour piano de Mozart version 3"
Mercredi, 20 juin 2007
Beethoven. Sonate Op.27 N°2 Quasi una fantasia
J'ai essayé dans cette interprétation de "coller" au mieux aux indications et à l'esprit de l'édition originale, dont un exemplaire se trouve dans ma collection de partitions déposée à la Bibliothèque nationale de France. On note que la mesure est à deux temps et non à quatre, comme on la joue en général. De même un malentendu tenace, dû au titre factice de Ludwig Relstab, a privilégié l'accompagnement de triolets de croches comme s'il était une mélodie afin d'imprimer à l'oeuvre l'atmosphère d'une "promenade en barque de deux amoureux, au clair de lune et dans le lac des quatre Cantons". On est loin de la description que donnaient les assistants à propos du jeu de Beethoven qui évoquait, paraît-il, des fantômes traînant leur chaîne dans un château hanté.
Cette observation est loin d'être anecdotique. En effet les recherches musicologiques ont prouvé que le premier mouvement de la Sonate "au Clair de Lune" appartient à un genre bien catalogué à l'époque : la musique de deuil. On trouvera dans une version antérieure de mon interprétation, des informations sur cette origine. Cliquez ici ►♦
Continuer à lire "La Sonate "Au clair de lune""
Vendredi, 1 juin 2007
..... La musique et le bruit qu'elle fait
Je fais référence à l'opinion injurieuse et imméritée que Beethoven aurait émise à propos des anglais : "Ils n'aiment pas ma musique mais le bruit qu'elle fait". De la Sonate Op.106 pour piano, il déclarait "voici une oeuvre qui donnera du fil à retordre aux pianistes, quand on la jouera dans cinquante ans". Et il ne se trompait pas. Il fallut attendre Liszt pour qu'elle soit exécutée et encore aujourd'hui, un Guy Sacre dit qu'il ne faut pas avoir d'oreilles pour l'aimer. C'est que Sacre a raison en un sens. Les oreilles entendent des sons et notre critique les veut agréables à l'oreille.
Mais en disant cela, Beethoven ne pensait pas aux sons, mais à la structure, c'est à dire l'agencement des notes, leur équilibre, leur groupement en des entités abstraites indéfiniment élaborées, développées, programmées comme une partie d'échecs. Dans la sonate détestée par notre musicologue,(à l'exception de l'adagio qui trouve grâce à ses oreilles), le bruit que fait la structure n'a souvent pas de sens pour le mélomane superficiel Par exemple on y trouve des canons à l'écrevisse. Les notes de la mélodie, sont émises dans l'ordre inverse, en commençant par la fin. C'est ce qu'on nomme la réccurence du thème. Pis encore, Beethoven superpose au thème particulièrement long, serpent musical qui n'en finit plus, sa récurrence Deux lignes sinueuses, l'une partie du passé, l'autre surgie du futur, se heurtent dans un présent fugace. Du jamais entendu.
Un certain Francès, (Psychologie de la musique, Vrin, Paris) psychologue expérimental scientifiquement correct (et musicalement incorrect) croit avoir démontré, protocoles rigoureux menés en laboratoire à l'appui, que les gens ne peuvent entendre des structures aussi complexes qu'une récurrence ou que la musique sérielle. Par exemple, les gens qui prétendent entendre de la musique dans Wozzeck d'Alban Berg, le plus grand opéra du XXe siècle, sont des snobs ou des charlatans. La musique dodécaphonique dont il est composé, d'une complexité inouïe, ne peut qu'être lue et pas écoutée. Aujourd'hui on ne compte plus les amateurs qui idôlatrent cette musique bouleversante, sans compter les chanteurs dont on ne peut imaginer qu'ils n'entendent pas ce qu'ils chantent.
Continuer à lire "Son, structure et sémantique"
Dimanche, 13 mai 2007
..... Qui connaît Walter Klien?
Pas moi.
Mais ce pianiste autrichien avait souvent attiré l'attention de mes amis mélomanes. De l'époque de Brendel, c'était un exemple de l'honnête interprète viennois, scrupuleux, mesuré, sans erreurs de goût.

Il se trouve que la version de référence des Ballades op.10 de Brahms, présentée sur un site plus ou moins pirate comme étant de Backhaus, est en fait de Klien. J'avais salué dans cette interprétation, la seule qui suive la partition dans les moindres nuances, les moindres indications du compositeurs, et je la plaçais très au dessus de toutes les autres. J'ai retrouvé les références dans Abeille Musique et je vous conseille vivement d'acheter la quasi intégrale de l'oeuvre pianistique de Brahms. En voici les références :
Référence : VOXCD5X3612 - 0047163361227 - 5 CD : 59:49 - 58:42 - 55:29 - 58:42 - 61:41 - ADD - Dates et lieux d'enregistrements non précisées (dans les années 50 et 60, en 1969 & 1990) - Notes en anglais
Paru chez Abeille Musique le 14 février 2005
--------------------------------------------------------------------------------
Prix permanent abeillemusique.com : 23,63 €
--------------------------------------------------------------------------------
Continuer à lire "Aimez-vous Brahms?"
Mardi, 20 mars 2007
Modifications
Emmanuel Dyan m'a suggéré de remplacer le titre "le bloc-notes de Bruno Lussato" monotone et dépourvu d'utilité, par "le journal du ..." . La date offre un repère commode et on sait bien qu'il ne s'agit pas de France-Soir, mais du journal où votre serviteur note à votre intention, ses réflexions ou ses réactions aux évènements récents.
Une autre modification consiste à ne faire figurer dans l'introduction que les paragraphes initiaux, en réservant la suite dans le corps du billet.
Comment jouer Mozart. Le témoignage de Horowitz
Il complète et confirme mes réflexions sur la désinformation qui touche les sonates de piano de Mozart. Je soutenais dans mon introduction et discographie que ces sonates souffrent, quel que soit le talent du pianiste, d'un aplatissement des contrastes, souvent violents de la partition, de la déformation arbitraire des signes de liaison et des soufflets, de tempi souvent étirés dans les mouvements lents et excessivement rapides dans les autres. On remarque aussi une répugnance à exprimer ses sentiments. De peur de tomber dans un romantisme démodé, on tombe dans l'excès inverse.
L'immobilisme est en marche. Comment l'arrêter?
Inspirée d'une boutade d'Edgar Faure à propos des centristes, cette formule que pourrait s'appliquer à un certain candidat, dépasse de loin la polémique électorale. Elle pose le problème du compromis politique propre à la civilisation occidentale. L'ouvrage de référence The West and the Rest, de Roger Scruton (ISD books, 2002) oppose l'occident fondé sur une culture de compromis et de la négociation et "le reste" (notamment l'Islamisme) qui distingue la Maison de la soumission, le dar al-Islam, et la maison de la Guerre, le dar-al harb. Son analyse est apparentée à celle de Huntington en ce qu'elle nie toute possibilité de conciliation entre deux systèmes s'excluant mutuellement. Le problème peut être transposé au sein de la campagne électorale française, où ces logiques conflictuelles s'affrontent.
Continuer à lire "Le bloc-notes de Bruno Lussato"
Samedi, 24 février 2007
*** Interprétations du premier mouvement de la sonate en la mineur pour piano K310 de Mozart

.............................♦a...................................................♦b

..♦c...........................................................♦d
L'interprétation de a et de b, pose problème. D'après l'Urtext Edition de Schott (Fussl/Scholz) les appoggiatures doivent probablement être jouées comme des croches comme en c et d où Mozart les met au net. La raison d'une notation différente pourrait être que dans a et b le retard est une dissonance alors que c'est une consonance dans c et d. Au cours d'une discussion animée, René Leibowitz me démontra que jouer l'appoggiature comme deux croches sur une dissonance, était une erreur de composition que jamais Mozart n'aurait laissé passer. On peut en effet argumenter que jouer les mêmes notes sur des accompagnements différents est difficilement défendable. Mais il y a une autre raison que l'on pourra aisément ressentir en écoutant les pianistes qui comme Dinu Lipatti jouent toutes les appoggiatures d'une manière uniforme, et ceux qui comme Lili Kraus, respectent la notation de l'autographe. (Appelons la première interprétation,lissée : V 2; la seconde, la version conforme à l'autographe V 1) Incontestablement V1 est plus âpre, plus dramatique, introduisant une sorte d'halètement. Le retour du thème apparaît alors une variante moins dure, qui prépare la transition vers le deuxième thème. La baisse de l'agressivité introduit une sorte de résignation, ou d'abandon qui me semble psychologiquement plus juste.
Continuer à lire "Sonate pour piano K310 de Mozart"
|
Commentaires
sam 30/08/2008 à 02:33
Réponse : 2008 : Lily Safra au rai vendu la villa au milliard aire oligarques Russe Mikhail Prokhorov au prix record [...]
ven 22/08/2008 à 16:35
Qui était l'ancien propriétair e ?
mar 19/08/2008 à 17:45
Quelqu'un aurait-il des nouvel les de l'état de santé du Prof esseur? Je commence à m'inquié ter un peu devant la dur [...]
jeu 31/07/2008 à 15:49
Merci de partager avec de simp les mélomanes cette limpide et profonde analyse. Plus encore que l'écoute, elle nous [...]
mar 22/07/2008 à 23:16
Come sta Professore? è da un p o' che non ci sentiamo per le traduzioni in italiano del suo blog. un caro saluto, r [...]
lun 21/07/2008 à 18:38
Les amis, les rencontres, les voyages sont encore bien plus importants que les oeuvres. C ependant j'ai souvent tr [...]
dim 20/07/2008 à 18:43
Je lis le chapitre "Theatrum M entis" de Virus, je m'accroche mais je suis à chaque fin de chapitre de ce livre réc [...]