Billets par Bruno Lussato
Friday, 27 April 2007
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Je rencontre des problèmes de connexion Internet que j'essaye de résoudre. A ce soir.
Aujourd'hui nous avons atteint le chiffre record de 446 visites. Merci de votre fidélité.
Bruno Lussato
Thursday, 26 April 2007
Qu'est-ce qu'un vrai débat?
Plus on en parle, moins il y en a. Un débat doit à mon sens obéir à deux critères pour mériter son appellation :
1.Le test de falsifiabilité. Il doit échapper à la circularité des propositions indécidables et des pétitions de principe. Par exemple : un juif est faux et a le nez crochu. Mais s'il est franc et qu'il a le nez droit, il est doublement juif puisqu'il simule la franchise et qu'il emprunte des traits étrangers à sa judéité. Cet exemple pour affreux qu'il soit, illustre bien le mécanisme. Il est évident qu'aucun débat n'est possible lorsque l'adversaire est campé dans cette posture.
2. Le test de malléabilité. Si la proposition d'un des débateurs est falsifiable, elle sera falsifiée par son adversaire et on sera obligé de réviser les positions initiales. Au contraire dans un faux débat, chacun campe dans ses positions, répond à des assertions par des échappatoires et la position reste bloquée.
Le grand débat entre Sego et Sarko risque d'être une alternance de monologues prévisibles, chacun adaptant ses postures à ce que ses conseillers en communication croient être l'attente du public. Quant au fond, il est non moins prévisible et l'issue sera à l'image de la cohabitations des contraires prônée par le NI NI. Ce qui sera jugé est moins du fond que de la forme : "elle" a été figée, "lui" était crispé...
Ce qui est révélateur dans ce deuxième tour est le dévoilement de Bayrou en tant que sous-marin de Medusa. Normalement il aurait dû en tant qu'UDF, donc en tant que représentant de la droite modérée française, donner des consignes à droite. Or il a été nettement plus cinglant envers sa famille qu'envers la famille adversaire, ce qui montre sa partialité. (Il avait déjà déclaré que sur certains sujets, il était plus à gauche que la gauche). Ceci ne nous étonne pas, car en tant que représentant des intellectuels, des professeurs, des syndicats et de la justice engagée, en tant que défenseur de Battisti, il se devait d'adopter cette position. Au sujet des postures, ce centriste prônant l'ouverture à tous, a été d'une violence que l'on aurait vivement reproché à Nicolas Sarkozy. Ce dernier a essayé et ... est parvenu à donner l'image d'un homme raisonnable, pacifique et ouvert.
L'information derrière l'information: les deux candidats sont aussi têtus et violents l'un que l'autre, il n'écoutent qu'eux mêmes et essayent de donner le change. Ségolène avec son sourire figé qui semble être le résultat d'une peau du visagge trop tirée, et sa robe blanche immaculée, Sarkozy, avec ses appels à la tolérance et son ton mesuré. Avec en prime pour celle-là, la stupidité et l'intolérance, pour celui-là une égale intolérance et une culture universitaire défaillante. Quant à Ni Ni
il ne se soucie guère de cacher son arrogance et sa soif de revanche devant tant d'humiliations ressenties. Et la violence qui vient de là est peut-être encore plus dangereuse.
Le débat essayera d'estomper l'information derrière l'information, de gommer les aspérités... Un spectacle convenu mais plein de surprises, entre les deux acteurs. Le plus défavorisé n'est pas celle qu'on pense. L'air de la calomnie de Basile nous a appris que rien n'est plus difficile de lutter contre des reproches infondés. Plus ils sont irrationnels, plus ils sont indétachables. Libé a beau dire "nous n'avons pas de haine", la "haine" est un slogan de la droite, elle existe bel et bien. Il reste à savoir qui l'a semée. On sait également que cette haine-là n'a rien de vertueux ni de légaliste. Elle est prête à exploser dans la rue si le président élu par les Français était le diable. Lutter contre le diable est un devoir transcendant, transcendant aux lois, transcendant à l'ordre, et aux éléctions. La vérité n'est majoritaire (pour paraphraser Mitterrand) qu'à condition que la majorité soit de gauche.
Les commentaires d'aujourd'hui appellent-ils un débat?
Certainement. Et un vrai débat. En effet un grand nombre d'objections qui ont été formulées contre les propos du journal du 25 avril m'ont amené à réviser, à préciser, voire à récuser certaines de mes formules, trop hâtives ou imprécises. C'est ce à quoi je vais m'attacher dans la suite de ce journal.
Une nouvelle interruption possible
J'ai expérimenté à mes dépens la loi du blog. Dès que je suis parti en week-end, le taux de fréquentation a baissé de moitié rapidement, pour remonter aussitôt dès mon retour. Je vais donc essayer de me rendre demain, Samedi et Dimanche dans un Cybercafé. Restez en ligne pour la critique des critiques que j'ai adressées à mes critiques.
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Wednesday, 25 April 2007
Il y a ni et ni
Pour François Bayrou point de consigne de vote. Les voix de ses électeurs ne lui appartiennent pas. Chacun est libre de juger. Quant à lui, il nous apprend qu'alors il était infréquentable, et, miracle! en l'espace d'une élection il est devenu charmant pour tous. TSS + TSS = NI NI + epsilon
Mais les deux TSS par lesquels il renvoie dos à dos les deux gagnants, sont faussement équilibrés. C'est comme s'il disait d'un air détaché: choisissez comme bon vous semble, je me garderai de vous influencer : entre la gentille incompétente et le dictateur facho, je me garde bien d'intervenir.
On avait prétendu qu'il serait neutre pour éviter d'indisposer les électeurs de gauche et ceux de droite. Mais en fait il a pris partie, non pour Segolène mais contre Sarkozy, son attaque a été si virulente qu'elle équivalait à une consigne de vote. Ainsi le masque est tombé et le bon apôtre au dessus de la mélée est apparu comme un partisan de la gauche bien pensante.
Ainsi la diabolisation a gagné tous les partis politiques à l'exception de Villiers. S'il gagne, Sarkozy, ce sera dans un mouchoir de poche et s'il perd, ce sera grâce à Bayrou, qui sera récompensé dans l'immédiat par un portefeuille à gauche, dans le futur, par un parti surgi des décombres de l'UMP.
Tuesday, 24 April 2007
Des corps politiques amphotères
J'ai toujours été fasciné par les corps amphotères. Ce sont des molécules qui en présence d'un acide (yang) se comportent comme une base (Yin) et en présence d'une base, comme un acide. Ce sont des sortes de transexuels : femmes avec des mâles hypervirils, hommes avec des femmes maternelles. Ce sont de véritables oxymores chimiques, comportant le H de l'acide, le OH de la base. L'élément qui porte le H, et le radical OH, faut-il le souligner, n'est ni tout à fait un métalloïde ni tout à fait un métal. Il est même des métaux virtuels comme l'ammonium. Celui-ci, doté d'un OH, donne une base forte : l'ammoniaque, mais loin d'être, comme on pourrait le penser un métal alcalin, comme le sodium ou le potassium, c'est un radical (NH4) composé d'azote et d'hydrogène. C'est à dire un metalloïde. Le même azote, N, peut donner un acide fort, l'acide nitrique. C'est l'eau forte des graveurs sur cuivre. Voici donc ce "nitrogène" Dénomination anglo-saxone de l'azote), N, capable de générer de l'eau forte NO3H, ou de l'alcali volatil NH3OH.
Petite chimie électorale
Enfant, je me destinais à la carrière de chimiste, et c'est d'ailleurs par des études en chimie minérale et des colorants, que je commençai mes études d'ingénieur chimiste au Conservatoire National des Arts et Métiers, pour ensuite bifurquer vers des sciences humaines, comme la psychologie industrielle ou l'organisation du travail. Mais ce que j'ai appris de ma première passion pour la chimie, a durablement structuré mon esprit et m'inspire toujours une grille de décodage de la vie. Et voici notre Bayrou national transformé en azote, générant tantôt de l'acide droitier au contact de la gauche sectaire, tantôt de la base compassionnelle en présence du libéralisme.
C'est cette équation chimique qui oriente toute la vision électorale des partis qui d'un coup, avec un bel empressement, courtisent l'électeur amphotère, en des termes presque semblables de part et d'autre.
La diabolisation comme thème central de la manipulation.
J'ai écrit que l'un des tests les plus sûrs de la désinformation à l'oeuvre, est la diabolisation de l'adversaire. Au cas où l'on en douterait, que l'on compare la violence relative des médias de gauche envers Sarko et celle des médias de droite (s'il en est pour se déclarer ainsi) à l'égard de Ségo. Et ce n'est pas parce que Sarkozy répète inlassablement "pourquoi tant de haine?" que cette haine n'existe pas. Ceux qui créditent leur adversaire d'une brutalité potentielle, font preuve, eux, d'une brutalité bien réelle. Qu'est-ce que les mots "racaille" et "kärcher", appliqués d'ailleurs à des voyous qui restent des voyous, fussent-ils des banlieues chaudes, à côté des injures dont on abreuve un candidat qui a récolté les voix d'une grande partie des français et qui n'a jamais qu'on le sache, tué personne?
L'unanimité pour le grand amphotère
Un autre critère de la désinformation est l'unanimité du discours, quel que soit le parti et les tendances. De ce point de vue, nous sommes servis. Outre l'adhésion générale autour des mots totems comme identité nationale, lutte contre la pauvreté et contre l'exclusion, et de mots tabous comme sélection, hiérarchisation, extrême droite (alors que extrême gauche est perçu avec sympathie) on trouve une étonnante conjonction de points de vue sur l'amphotère Bayrou. C'est le seul cas que je connaisse où la droite s'accorde avec la gauche : les compliments sur le courageux vaincu-vainqueur de l'éléction. De Marianne au Figaro, on ne trouve que des qualités au NI NI moqué avant le premier tour. et combattu par Le Monde.
Orientation politicienne des débats
La pauvreté étonnante du langage aidant, on finit par ne plus savoir si on lit Libé ou Valeurs Actuelles. Mêmes phrases, mêmes mots, mêmes mensonges : la langue de bois universelle dans toute sa splendeur. L'étoile sémantique gauche et l'étoile sémantique droite, sont happés par le trou noir central. Cela prouve également l'inféodation de la presse aux calculs politiques. Si l'on comprend que les acides et les bases fassent la cour aux amphotères Bayrousiens, arithmétique électorale oblige, rien n'oblige la presse d'imiter cette posture. Or, elle suit les champions qu'elle soutient, ouvertement ou souterrainement. Marianne qui prend à partie Le Monde pour sa critique de Bayrou (le nini) écrit un extraordinaire panegyrique sur son héros. Le Monde, lui, se garde bien à présent de froisser le nouvel arbitre.
Les deux arithmétiques : celle du réel, celle de l'élection.
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Monday, 23 April 2007
Les éléphants et le clown éméché
Le cirque électoral
Dès que la prudence et la perspicacité existèrent, on vit naïtre une grande hypocrisie.
Le Tchou-Tsieou.(Ve siècle av. JC.) Sentence en trois caractères.
S'il est évident que - par nécessité professionnelle - les politiciens sont égaux devant la mauvaise foi et l'hypocrisie, il en est cependant aui sont plus égaux que les autres, pour ajouter une nouvelle paraphrase à l'expression d'Orwell dans Animals Farm. Et la palme revient sans conteste au quatuor d'éléphants qui en choeur chantaient les louanges de la madonne en blanc. Le pire était à mon sens Fabius qui d'une voix cauteleuse déclarait en substance : " je sens que les mots prononcés par Sarkozy : kärcher, racaille, origine génétique de la pédophilie, sont particulièrement inquiétants, ils n'annoncent rien de bon ". IL illustrait ainsi à merveille le procédé de désinformation consistant à sortir de son contexte un mot et le répéter en lui donnant une valeur incantatoire après l'avoir détourné de son origine. Ce qui m'impressionnait était moins le tons que le sourire, le visage gras, la petite bouche en coeur... C'est Schiller je crois qui disait qu'à quarante ans un homme a le visage qu'il mérite. J'y pensais en regardant le beau quatuor d'éléphants; Hollande le falot, Jack Lang, le vieux beau, Kouchner la diva, et pour couronner le tout, Fabius. De l'autre côté se trouvait la dignité avec Simone Weil et Bertrand qui fut d'ailleurs le seul à dénoncer les fausses symétries. "Vous qui dites que vous êtes les représentants du changement, qu'avez-vous fait pendant que vous étiez au pouvoir? " Après tout Fabius était premier ministre, avec bien plus de responsabilités que Sarkozy.
Les discours présidentiels furent un festival de pensée unique tournée vers ce que les conseillers en communication, sortis tous du même sérail soufflaient aux candidats. Les deux vainqueurs sémantiques furent sans doute Le Pen (le drapeau Français, l'ordre républicain, les valeurs civiques, la sécurité) et Bayrou (l'oxymoron gauche-doite et nègre-blanc). Et voici Nicolas Sarkozy clamer les valeurs du coeur, l'aide aux malades, aux exclus, aux handicapés, enfin, toutes les litanies débitées par Royal. Celle-ci en revanche, faute de compétence, a été incapable de tenir un discours sur l'économie. Partout la fusion du Yin et du Yang, qui a fait l'objet de mon article sur le Figaro Magazine, fut consommée dans les discours. Je devrais réclamer des royalties.
Le seul a oser dénoncer que le roi est nu, fut Bernard Tapie. Il est vrai qu'il était légèrement ivre et que son contrôle s'était relâché. Et voici qu'il nous apprend que ses amis les éléphants n'avaient de cesse que de psalmodier TSS, "tout sauf Ségolène" et de les traîter de faux culs. Un silence glacial salua cette saillie. Il n'y a que la vérité qui blesse.
TSS+TSS=NI NI + epsilon.
Voir plus bas la formule présidentielle décodée
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*** Le sacre de l'ignorance
A propos de la description de la sonate pour piano K310 de Mozart par Guy Sacre.
J'ai dit tout le mal que je pensais de Guy Sacre. (cf. L'article sur la sonate op.106 de Beethoven). Ce personnage m'insupporte parce qu'il représente à mes yeux ce qu'il y a de plus détestable chez certains critiques musicaux de notre pays. L'ignorance glorieuse, la fatuité et la prétention, la coquetterie littéraire, et surtout la manie de juger les chefs-d'oeuvre qui les dépassent, à l'aune de leur médiocrité.
Cet auteur a des parti-pris accusés, des idiosyncrasies opposées aux miennes : il déteste les oeuvres de structure, j'ai de l'antipathie pour les oeuvres purement gastronomiques. La différence réside en ce que jamais je ne me permettrais de "déposer des ordures devant Ravel" alors qu'il s'en prive pas pour les oeuvres les plus sublimes de Beethoven, de Mozart et de Brahms. Il montre à leur égard une sévérité qu'il épargne à un Mompou et fait partie de ces déchiffreurs français qui se pâment devant Rachmaninoff, Fauré, Scriabine, notre Satie, notre Debussy, notre Poulenc et notre Ravel, mais qui ont horreur de toute la musique d'élévation et de complexité allemande.
Pour eux la musique s'appréhende de manière sensuelle, par le toucher (la pulpe sensuelle des doigts), par le goût (la dégustation au propre comme au figuré), par l'odorat (le parfum d'un accord), par l'ouïe (l'art de combiner les sons de manière agréable à l'oreille) mais certainement pas par la vue qui dévoile l'apprehension profonde de la structure des partitions, ce que Mozart appelait "sur-entendre", et Beethoven "la musique par opposition au bruit qu'elle fait". Guy Sacre "sous-entend" et préfère le bruit à la musique (au sens beethovenien ou brahmsien du terme). Il tombe juste, je présume, pour les musiques qu'il aime : Fauré, Dabussy ou Mompou, dont le talent voire le génie réside, comme les impressionnistes dans la subtilité de l'apparence et de l'effet. Il tombe à côté dans la musique qui recquiert une aptitude spéciale à l'élévation, de Bach à Schoenberg.
Voici quelques citations tirées de "la musique de Piano" de Guy Sacre qui illustreront mon propos antigastronomique.
A propos de la célèbre sonate K331 de Mozart. (Avec Marche turque):
"... Que reste-t-il aujourd'hui de cette sonate? Sûrement pas le menuetto qui lui tient lieu de mouvement lent... même les déchiffreurs en chambre qui se sont essayés aux deux autres, ont généralement négligé ce mouvement."
".... (sur le dernier mouvement) ... ces pages peuvent nous être chères pour mille raisons (quoique l'on ait en général des motifs de la haïr), mais elles sentent l'usure; il faut être un fieffé pianiste pour en tirer encore quelque chose (pas nécessairement de la musique ! )".
Au sujet des variations du premier mouvement : "c'est leur thème qui est le meilleur moment de la sonate. .... Les six variations que Mozart lui donne n'ajoutent rien au "charme" (au sens de Valery et de Mompou) (sic) de ce thème ; elles lui en ôtent , au contraire, si fines soient-elles ... la dernière ... semble annoncer déjà l'exubérance un peu clinquante et tintinnabulante du rondo ... "
Guy Sacre prend en référence Mompou. Voici quelques appréciations sur un de ses compositeurs favoris.
"... cet homme s'est demandé ce qu'il avait de commun avec les fabricants de sonates, les facteurs de symphonies, les ajusteurs de fugues. ... (le mot de "compositeur", après tout, ne laisse entendre souvent qu'une besogne sans âme ; à voir certains triturer les quelques notes de leur thème, les étendre, les tirer dans tous les sens, disons l'affreux mot : les développer , on est tenté de parodier le dicton : les dieux proposent, l'homme ... compose" ... "Il y aura toujours des gens pour se pâmer au retour du thème A, du thème B, à l'imbrication du C et du D, à l'inversion du E, au rétrograde du F. Mompou, s'il l'avait voulu, aurait fait sienne ces recettes que le moindre tâcheron de conservatoire applique sans avoir besoin de réfléchir... "
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