Billets par Bruno LussatoSaturday, 17 March 2007Le bloc-notes de Bruno LussatoRythme des arbres. La première partie de l'analyse. La transcription de la plaquette " une initiation visuelle à Rythme des arbres de Paul Klee se poursuit. On en est au feuillet 17 (sur 60). Il est montré l'importance qu'avait pour Klee la vue plongeante sur le paysage. Il détestait les peintures où on voit une énorme surface de ciel, plus ou moins vide, qui surplombe une masse dense de terre, de rochers et de feuillages. Cezanne avait ressenti le besoin de relever les plans inclinés, ce que Picasso reprendra à son compte. Pour bien se rendre compte de la signification de ce basculement, il vous suffira de prendre n'importe quelle vue dégagée, coucher de soleil ou ciel serein, et de la renverser. C'est précisément ce qu'avait fait Kandinsky, par inadvertance. Vous constaterez un déséquilibre gênant entre le vide du bas et le trop plein du haut. D'habitude, on ne le remarque pas parce que nous sommes conditionnés par notre expérience quotidienne, et par les tableaux impressionnistes ou classiques. Mais si on fait abstraction de ces conditionnement, on constatera que du point de vue de l'homogénéité de la toile, cette opposition entre vide et plein est gênante. C'est pourquoi les peintres autrefois s'ingéniaient à donner de la densité au ciel, par des nuées orageuses, ou des angelots et autres figures allégoriques. Dans ses paysages, Cezanne unifia la toile en incorporant dans le ciel des touches de brun et d'ocre, appartenant au sol. Klee n'hésita pas à découper une bande étroite provenant du bas de l'aquarelle pour la coller au dessus du ciel. Dans l'oeuvre analysée, Klee opte pour une vue d'avion, une de ces images plongeantes auxquelles Arthus Bertrand (La terre vue du ciel) nous a accoutumé.
Cependant, inspiré par le cubisme qui montre plusieurs angles de vues simultanément, Klee montre les champs vus d'avion, et les arbres, debout, vus d'en bas. C'est une merveilleuse métaphore : nous devons être capables de considérer les faits simultanément selon des points de vue antagonistes.
Dans les jours qui viennent, j'espère poursuivre mon voyage au centre de ce petit tableau, microcosme de l'univers d'un artiste, elle-même accordée au cosmos. Pour ceux qui veulent avoir une idée de l'oeuvre et de la personne de Paul Klee, que je considère comme le plus grand peintre du XXe siècle, après Picasso (c'était aussi l'avis de ce dernier, qui fit le pélerinage à Berne pour rencontrer l'artiste gravement atteint); je conseille vivement un DVD qui vient de paraître et que vous trouverez dans les boutiques des musées d'Art moderne.(Le Sourire de l'Ange, par Paul Klee et Michaël Gurnitz).Même ceux qui connaissent l'oeuvre du peintre seront bouleversés par cette évocation précise et sensible, de l'artiste que Picasso estimait le plus grand de son siècle (lui excepté).
Appel à contributions J'ai reçu de nombreux encouragements de la part de visiteurs, qui ont apprécié dans ce petit blog, la simplicité de la présentation et la densité du contenu, inhabituelle paraît-il. C'est précisément ce qui m'inquiète. Il devient très difficile de retrouver un blog ancien traitant par exemple de la calligraphie ou de la campagne présidentielle. C'est que la structure de blog ne se prête pas à une vision synoptique commode, un peu comme les catalogues des éditeurs de livres, de disques ou de produits diététiques. Les deux moyens qui s'offrent à nous sont la recherche des mots-clé et la réduction de l'importance des introductions, qui ne devraient être que des accroches. On peut bien entendu multiplier les liens. C'est ce que je compte faire en dépit de la corvée que représente ce travail. Déjà le seul fait de transcrire une image, exige 17 manipulations, ce qui pour un homme aussi distrait que moi, représente des heures perdues à tout reprendre à zéro. La dernière de ces erreurs a été signalée par des internautes, qui pour une fois voulaient ajouter leurs commentaires et qui on trouvé une interdiction. Cela tombait juste sur le bloc-notes traitant de la prestation de Madame Royal, que d'aucuns ont trouvé décevante par son arrogance mal dissimulée et une suffisance de son attitude contrastant avec l'insuffisance de ses propos. Ces critiques m'ont soupçonné d'avoir suspendu intentionnellement les commentaires. Cela m'a enragé : pour une fois que les gens veulent s'exprimer, ils trouvent porte close!.
Ceux qui veulent m'aider à faire grandir ce blog qui ne demande que ça, pourront le faire de trois manières: 1. En habitant ce blog par leurs commentaires. Ils seront assurés de recevoir des réponses, commençant par "merci d'être là, vous posez des questions très pertinentes, vous avez raison". Avec cette particularité, : je le pense. 2. En me soumettant des critiques et des propositions d'amélioration. 3. Pour les pros, en me signalant des astuces, et des raccourcis. Les manuels pour les nuls, c'est trop compliqué pour moi. Mais je comprends lorsque j'ai devant moi une voix vivante. Il est certain que s'il est un domaine ou la création est collective, c'est bien celui du blog. Ensemble tout est possible, et madame Royal comme Monsieur Sarkozy, vous enjoignent de contribuer à ce bloc consacré à l'élévation de la culture et à la recherche de la juste information.
Friday, 16 March 2007Paul Klee. Rythme des arbresUne initiation visuelle à RYTHME DES ARBRES de Paul Klee (1914, œuvre 191) Genève 1977. Centre Bruno Lussato d'initiation à l'art moderne. Musée d'Art et d'Histoire de Genève.
Voici une reproduction de la plaquette annoncée sur le bloc-notes : "une œuvre presque inconnue de Klee".
Suit une reproduction de la plaquette gratuite remis aux visiteurs du musée et qui fut immediatement épuisée. Continuer à lire "Paul Klee. Rythme des arbres" Le bloc-notes de Bruno LussatoLe Yin à l'écran
Ségolène Royal a encore affirmé dans l'émission que vous avez été nombreux à suivre, je l'espère, sa féminité, en disant qu'après avoir écouté les Français, elle en avait retenu que c'est une femme, qui répondrait le mieux à leur attentes. Elle s'est beaucoup concentrée sur la culture, l'éducation, et elle n'a pas caché sa tendance Yin.
Aux questions précises que posait madame Chabot, avec une maligne insistance, elle répondait, ou plutôt elle ne répondait pas, que ce serait au gouverment, à la concertation entre entrepreneurs et syndicats, à inventer des solutions. Elle serait là pour indiquer la Voie, le But, les grandes orientations, (le cerveau droit) et que ce serait au cerveau gauche du premier ministre à moduler ses souhaits.
A la question "maintiendrez-vous les trente-cinq heures" elle ne pouvait électoralement répondre. Si elle disait oui, elle savait que tous les gens de bon sens la taxeraient d'irréalisme idéologique. Si elle disait non, elle désavouait Aubry et la gauche toute entière. Elle affirma nettement et avec une précision remarquable, qu'on verrait, qu'on se concerterait, que c'était aux français de répondre, que si on les considérait, les syndicats joueraient avec les entrepreneurs, la carte de la juste raison. Néanmoins elle affirma que trente cinq heures d'employés motivés (par la concertation, la considération, l'augmentation du pouvoir d'achat, la juste répartition des bénéfices) seraient plus efficaces que quarante heures sous Sarkozy.
De même à la question répétée inlassablement : quand on gagne trois mille euros par mois, est-on riche oui ou non? Elle répondit qu'il fallait considérer la question dans sa globalité, et que les syndicats et les entrepreneurs contraints à être justes et sociaux, y répondraient. Où prendre l'argent? Aux entrepreneurs voyous qui délocalisent alors qu'ils font des bénéfices. On les fera rendre gorge, car il est indécent que l'on délocalise dans les pays voisins alors qu'il n'y a pas de justification économique. Et on mettra sur place un contrôle sévère de toute entreprise qui fera appel au travail étranger, et d'une manière générale qui fera des bénéfices non redistribués dans la recherche et la création d'emplois. Les syndicats participeront bien entendu à ces contrôles. Les entrepreneurs vertueux qui par suite des nécessités économiques doivent normalement licencier, ils se verront proposer des emplois-tremplins. S'ils quittent l'entreprise, ils seront intégralement pris en chargepar l'état, et grâce à la formation aux métiers et le suivi de leur carrières par des fonctionnaires integres, attentifs et compétents, (en nombre suffisant bien entendu), ils retrouveront aussitôt un job bien rémunéré.
Même raisonnement pour les retraites, imposées à plusieurs vitesses selon l'âge, la pénibilité du travail effectué, le nombre d'années passées à nourrir une famille. Pour les pauvres, on leur appliquera le SMIG, ce qui sera économiquement équilibré, puisque les bénéficiaires relanceront la machine économique.
J'ai remarqué que Madame Royal souriait moins que de coutume. cette impression d'austérité fut heureusement atténuée par des vidéos, où on la voyait "danser" avec des "jeunes" de la banlieue, au milieu d'une foule de fans délirants d'enthousiasme.
Il serait très intéressant de voir l'accueil par le public des sondages, de cette prestation. Il permettrait de mesurer le facteur Yin.
La vie du blog. J'ai consulté les statistiques de fréquentation de ce blog. Elles sont encourageantes puisqu'on est à plus du double que le moins précédent. Il faut avouer que je me contente de peu. Qu'est-ce que quatre mille visiteurs par mois auprès des deux cent mille par jour des blocs consacrés au sexe, à la politique ou au sport? Je me console en constatant que dans Google, le pape du dodécaphonisme, René Leibowitz, homme considérable qui a influencé toute une génération, a moins d'entrées que moi, et que mes vingt cinq mille pages pèsent une poussiere à coté des soixante millions de Madonna.
En fait, small is beautiful, et ce minuscule salon permet un échange bien plus intense qu'un forum de centaines de milliers de fans. J'ai été très heureux de constater que des véritables passes d'armes s'étaient engagées entre deux Alexandre. N'hesitez donc pas à apporter votre grain de sel, et plus c'est polémique, plus ça fait avancer les choses. Et ne vous en faites pas pour l'orthographe. Seuls les académiciens savent encore que ça existe. Et la grammaire, parlons-en. Ecrivez comme vous parler, ce que je fais en ce moment. C'est ce que l'on nomme le langage vernaculaire, celui du café du commerce, et je le préfère au charabia énarque ou structuraliste. A vos claviers donc! A propos, j'ai remarqué avec étonnement que l'activité du bloc se déclenche entre minuit et quatre heures du matin. Ou j'attire les noctambules, ou ce sont des canadiens qui sont au clavier. Il est difficile de les indetifier, car les visites proviennent de sites très différents. A bientôt. B.L. Wednesday, 14 March 2007Le bloc-notes de Bruno LussatoLes trois d de la désinformation : décontextualisation, diabolisation, dissymétrie.
Patrice de Méritens du Figaro Magazine est aujourd'hui venu m'interviewer sur la campagne présidentielle. Cela me fait aujourd'hui deux premières: je m'improvise professeur d'orthographe pour les jeunes hyperdoués du net, je suis investi du rôle d'augure politique, alors que je me suis tenu jusqu'ici tenu à l'écart des discussions politiques qui me donnent de l'urticaire. J'ai horreur de la politique, et elle me le rend bien.
Bien entendu, je plaisante; en fait monsieur de Méritens qui venait de lire Virus a eu l'idée d'en appliquer les principes au décodage des discours de campagne. Comme je me tenais sur un registre théorique il me poussa à donner des exemples concrets. Ne voulant pas me mêler de politique, j'essayai d'aider ses lecteurs à tester par eux-mêmes le taux de désinformation des discours électoraux.
La question qui se pose est la suivante : puisque d'après ma définition de la désinformation, plus on creuse et on essaye de vérifier les faits, plus on l'aggrave, (la désinformation ment surtout quand elle dit la vérité), comment la déceler et en évaluer la gravité?
Remontons au processus de la désinformation. On ne touche pas aux données factuelles, on choisit soit des faits qui sont hors de portée, dont on peut inutilement rechercher la véracité, soit des données factuelles qui abondent dans notre sens. Dès le début la sélection est un premier agent de désinformation. Mais il est indétectable pour qui ne dispose pas de moyens de recherches importants. Il est difficile de trouver ce qui est omis sans avoir une connaissance générale des évènements. C'est comme sortir du contexte un mot ou une phrase.
Ainsi le fameux mot "racaille" a été attribué à Nicolas Sarkozy comme une attaque des "jeunes des banlieues" et par extension aux originaires d'Afrique. Il n'y avait qu'un pas de ce mépris, au racisme : il y a nous, les blancs, les forces de l'ordre, et eux, les noirs, les maghrébins, les beurs, la racaille à nettoyer au karcher, propos rappelant singulièrement Hitler. Cete réduction ad hitlerum est devenu un processus banal depuis quelques années. Exactement comme les mots travail, famille, patrie, désignant normalement des valeurs positives mais frappés du sceau de l'infamie pétainiste. Et voici donc, Nicolas Sarkozy, le chasseur de racaille, devenu le serviteur du travail, de la cellule familiale, et de la limitation de l'immigration pour sauvegarder l'identité française. Tout comme Le Pen d'ailleurs.
Le processus de décontextualisation n'est pas apparent, sinon tous les journaux et les organes d'opposition ne se seraient pas emparé des mots tabou pour abattre leur adversaire. Racaille n'a jamais été prononcé par le ministre de l'intérieur, mais par une pauvre femme des quartiers chaud, lasse d'être terrorisée par des bandes vouyous manipulés par des pourvoyeurs de drogues et de voitures volées. "Monsieur Sarkozy, débarrassez nous de cette racaille ! " Le piège était dressé et le ministre dans le feu de l'action a répondu, Oui, Madame, je vous débarrasserai de la racaille". Ce en quoi il avait parfaitement raison. Le mise hors contexte a permis de substituer de nouveaux contextes, par glissement sémantique. Voyous manipulés par des gangs et détruisant les biens des habitants des banlieues (en majorité des beurs, des arabes ou des noirs bien pacifiques), et faisant de ces territoires une chasse gardée, devenaient jeunes voyous d'origine africaine, puis jeunes d'origine africaine, puis, population démunie d'origine africaine et jeunes tout court.
Une caractéristique des noeuds sémantiques totalitaires (nazisme, catholicisme du moyen âge, communisme, trotzkisme, islamisme, chauvinisme) est la diabolisation de l'adversaire. La structure du noeud "impérial" et des virus qu'il implante dans l'inconscient des populations explique cet emploi presque théologique de la diabolisation. Le virus impérial consiste en effet en un principe transcendant (Dieu, Allah, le Peuple, le Volk, le prolétariat) valable éternellement et universellement, et représenté sur terre par un homme (le Pape, l'immam, le président, le fuhrer, le guide suprême) et une équipe de militants (les prêtres, le parti), une hiérarchie véhiculant le message aux fidèles (les dix commandements, la Bible, l'Evangile, le petit livre rouge, le Capital, Mein Kampf, le Coran,) . la communauté des fidèles (les camarades, les patriotes, les aryens, l'oumma) est égale et vertueuse devant le bien suprême. Ceux qui sont étrangers à la communauté, doivent être asservis (les dhimmis, les colonisés, les esclaves) ceux qui la combattent et qui nient le principe transcendant sont menés par le diable, principe aussi universel et intemporel que Dieu, et doivent être convertis (ou mieux exorcisés) ou supprimés. Sartre, cette grande conscience occidentale, écrivait ainsi "les anti-communistes sont des cheins", "pour un européen tué, on supprime un oppresseur et un opprimé", et pour faire bonne mesure trouvait que la terreur et Castro n'avaient pas fait couler assez de sang.
Lorsque des discours, des prises de position, laissent clairement transparaître la diabolisation de l'adversaire, c'est qu'une tyrannie n'est pas loin. Il suffit que des mots anodins, voire positifs soient prononcés par l'adversaire N°1 (Le diable)pour qu'ils deviennent maudits. Si l'adversaire N°2 (le suppôt du diable) les prononce, il révèle ainsi son obédience satanique. La diabolisation procède ainsi par contamination. La valeur d'une assertion ne dépend que de son origine. Elle n'a pas de valeur en soi. La construction d'écoles, de ponts, d'hôpitaux, est condamnable, (ou passée sous silence) lorsqu'elle est oeuvre des colons, la destruction de ces écoles, de ces ponts, des hôpitaux est pardonnée (ou passée sous silence) lorsqu'elle est perpétrée par les anticolonialistes, qui ne font que détruire l'héritage maudit. C'est une destruction regrettable, meurtrière, barbare, mais nécessaire pour qui veut la révolution.
On en arrive au troisième processus, encore plus facile à identifier : la dissymétrie et son contraire les fausses fenêtres. La dissymétrie (ou assymétrie) consiste à avoir deux poids de mesures. On condamne la paille chez l'adversaire et on clame bien haut la faute impardonnable, on tolère, ou on passe sous silence la poutre chez l'allié, ou on trouve des excuses, en la qualifiant de dérapages, de bavures nécessaires, d'erreurs de jeunesse, d'excès regrettables.
Les fausses fenêtres consistent à donner la même valeur et le même retentissement médiatique à la paille de l'adversaire et à la poutre de l'allié. Cette fausse symétrie est satisfaisante pour la rhétorique, elle donne une impression de justice, d'objectivité, de pluralisme. Une manipulation fréquente consiste à interviewer des gens "pris au hasard", mais en réalité sélectionnés d'une manière particulière. Un exemple patent en est l'auditoire, sélectionné pour les candidats à l'élection présidentielle par Patrick Poindre d'Arvor. On ne fera croire à personne, sauf aux imbéciles ou aux fanatiques, que la sélection de la SOFRES représentait la France. On aura noté que Sarkozy s'est trouvé face à des individus haineux et aigris qui l'ont entraîné dans les pièges de l'homophobie, ou encore dans des querelles entre musulmans algériens et marocains. Il n'a eu que peu de questions sur ce qui importe : les moyens de permettre, puis d'encourager, les français à travailler plus. En revanche Segolène Royal a eu un public dégoulinant de sympathie, avec un épisode médiatique "émouvant", certes plus que la dette de notre payse. Le compassionnel l'emportait et on entendit des applaudissements.
Sur la question du positionnement des candidats, je me suis déjà exprimé dans un article. (voir à "décodage des médias). En faisant court voici mon point de vue :
Nicolas Sarkozy : Yang, (combatif, énergique, directif,montrant la direction), Force de la terre (ordre, sécurité, travail, propriété individuelle, identité nationale, accès à la propriété de son logement, respect des traditions, méfiance envers l''étranger (la Turquie, la Russie), Matrix (libéralisme, adhésion au système libéral anglo-saxon, mondialisation); Il adopte un langage vernaculaire (le café du commerce) de bon sens et empreint de pragmatisme ou référendaire (celui des chiffres et des statistiques) POSTURES Il vaut mieux qu'il ne sourie pas : ses dents sont limées. Il parait agressif, mais dans la vie courante il est plutôt accomodant et aimable, sans agressivité mais tenace. (J'ai aussi un coeur mais par pudeur je n'aime pas les épanchements sentimentaux). Lorsqu'il parle en langage référendaire, il donne des leçons ponctuées par un geste de la main, pouce et index formant un o.
Ségolène Royal : Yin (maternelle : "je suis une maman" , compassionnelle, apparemment non directive (je veux ce que veulent les français, ils me disent ce qu'ils désirent, et je le veux aussi), soucieuse du quotidien et de la vie des démunis et des malheureux (malades, handicapés, pauvres, sans papiers, immigrés), contre la répression, et pour la protection des faibles contre les forts, féministe. Son apparence et son image vont dans ce sens. Médusa (égalitarisme et égalité non seulement des chances mais même des résultats, travailler moins et gagner plus, protection sociale, travail vécu comme une punition : retraite à soixante ans, , indifférence absolue aux réalités économiques propres à la gauche, dirigisme, chasse aux entrepreneurs, utopie, verbalisme, tolérance pour les délinquants, accent mis sur la prévention contre la répression des criminels, même multirécidivistes, foi dans la créativité collective). Temporairement, pour des raisons électorales essaye de prendre des voix à Le Pen (Force de la Terre) Elle n'ose pas en public prendre la défense du mariage et de l'adoption homosexuelle, prône la protection des artisans, et l'allègement fiscale des petites entreprises créatrices d'emploi, le relèvement de la retraite des petites gens. Mais c'est une posture ainsi que le montrent ses déclarations à des groupes gays, dont Têtu. Royal adopte un langage soit vernaculaire (celui de tous les jours) soit mythique (je suis la France du travail, quand je serais élue je ferai... Jeanne d'Arc investie d'une mission).
POSTURES Elle sont stupéfiantes. Elle apparaît toujours souriante, sûre d'elle même, ne se démontant jamais, consensuelle, regardant son interlocuteur avec gratitude (merci d'être là, merci pour votre question, c'est une très bonne question) avec compassion (elle enlace les épaules, regarde dans les yeux) avec empathie, elle renvoie les plus stupides avec le sentiment d'être importants, d'avoir été compris. Par ailleurs elle est très élégante, très digne, avec une posture rassurante, consolante. Mais c'est une posture trompeuse. Ceux qui la connaissent, savent qu'elle est très dure, méprisante envers les petits (comme l'était Martine Aubry, je le sais par des chauffeurs que j'ai employés après elle), fanatique et têtue. On a du mal à le croire, tant elle apparaît pleine de douceur et de tolérance. Mais je l'ai vue dans une bande télévisée, en train d'insulter Sarkozy, et j'ai été effrayé. On voyait une femme, plus jeune certes, mais déchaînée, agressive, militante fanatique, la personnification de la pasonaria, une furie! Et j'ai compris.
François Bayrou Si Nicolas Sarkozy, le faux agressif Yang et Ségolène Royal, la fausse tolérante Yin, représentent la bipolarisation de la France pour le meilleur (le combat dialectique entre majorité et opposition) comme pour le pire (la fracture sociale), et ont chacun une vision claire de la manière dont ils entendent conduire la France, toujours pour le meilleur et le pire, Bayrou n'a pas d'autre programme qu'une stratégie électorale simple : gagner des voix à gauche et à droite. Au second tour, s'il y parvient, les adversaires de Sarkozy, comme ceux de Royal voteront pour lui, calcule-t-il avec raison.
Bayrou veut faire cohabiter le Yin et le Yang sous un même toit. Sa cohabitation est voulue, elle est programme en soi, alors que Chirac se l'est vue imposer. Il faut être irréaliste pour s'imaginer que cela puisse aboutir à autre chose qu'à une paralysie et à des crises gouvernemantales à répétition, un retour à la Quatrième République dans une France amollie et démoralisée.
Le pôle sémantique qui oriente Bayrou est en grande partie Medusa (promotion et respect de la culture, laïcité promue au rang d'une religion, programmes scolaires sous la coupe des syndicats, dont on feint ignorer qu'ils obéissent à d'autres engagements que l'éducation des élèves).
POSTURES Il présente bien. Il est consensuel, apparaît comme modéré, l'image même du centre que désirent les français las d'une guerre entre gauche et droite, d'une férocité idéologique inconnue chez nos voisins, et sans le garde-fou d'un sentiment patriotique, réfugié dans la droite radicale et excommunié des médias. Il n'y a rien à en dire, c'est un leader in absentia. Le fait qu'il ne connaisse pas grand chose aux réalités concrètes de la population comme de la négociation internationale, n'a pas d'importance. Sa force résulte sur un calcul électoral, et le vide n'a pas d'ennemis. Au début Royal incarnait ce vide, mais elle a été surpassée par Bayrou qui lui a enlevé des voix.
Le Pen Yang. Il incarne Force de la Terre régressive, déculturée, myope, celle du XIXe siècle. C'est de ce fait l'ennemi structurel de Médusa (la gauche intellectuelle) dont il représente le parfait négatif, au sens photographique du terme. Comme Force de la Terre, il parle vrai, sens commun plutôt que bien sens, et profite de la dérive idéologie de gauche et de la langue de bois de droite, pour attirer la fameuse majorité silencieuse. Sa médiocrité intellectuelle le dessert, mais il est le seul à appeler un chat un chat. Il est tellement diabolisé, qu'il suffirait qu'il proclame que la majorité des français est blanche et de culture judéo-chretienne, pour qu'on hurle au nazisme.
Son talent d'orateur humoristique est du au fait qu'il fait ressortir le décalage entre la réalité que tous constatent et la maquette politique et médiatisée qu'on nous propose à longueur de journée. Lorsque Chirac a fait ses adieux "émus", se vantant sans vergogne de l'état merveilleux dans lequel il a laissé une France, devenue grâce à lui (et à nous), digne d'admiration et de fierté, le Pen a été le seul à dire en rigolant, ce que tous savent fort bien. Les autres candidats ont timidement assuré qu'avec eux les discours du Président sortant, se transformeraient en actions.
Le Pen partageant avec Sarkozy les valeurs de force de la terre, (le travail, la sécurité, la liberté d'entreprendre), Medusa en a profité pour diaboliser ce dernier, en se gardant bien de faire ressortir les différences (le repli frileux, l'antisémitisme et le racisme latents, le non à l'Europe, le rejet de Matrix et de l'islamisme, la phobie de l'étranger). Le Pen amène de l'eau à Medusa, en présentant Sakozy comme un émule, comme si les valeurs travail, ordre, famille, étaient sa propriété intellectuelle.
J'aimerais bien avoir vos commentaires, car je ne suis qu'un néophyte en matière de politique, et qu'on peut considérer toute cette campagne comme une pièce de boulevard, indigne d'une nation aussi fière et admirable que l'affirme son président.
Le bloc-notes de Bruno LussatoEntrez dans la grande aventure de l'Art Contemporain. *** Vous trouverez aujourd'hui dans la catégorie "Art Contemporain", une réflexion sur les critères qui orientent notre jugement sur les artistes. (Décodage de l'Art Contemporain 2) . Ce texte appelé "repères", sera suivi par une sorte de cartographie destinée à positionner les principaux courants artistiques en activité au début du XXIe siècle. Suivra une monographie des peintres qui ont semblé a Frédéric Bonnet, mon complice, les plus importants, ou du moins les incontournables, ceux qui dominent la scène de l'Art Contemporain, dans les musées, dans les galeries, dans les bibliothèques et ... dans les salles des ventes les plus prestigieuses. Cette liste, forcément arbitraire, est sujette à modifications incessantes, au fur et à mesure de l'évolution des styles, des expositions, et de notre connaissance.
*** Je ne resiste pas au plaisir de vous citer ces noms. Si vous n'en connaissez aucun, il vaut mieux vous familiariser avec l'art du XXe siècle avant d'aborder le notre. Si vous les connaissez tous, c'est que vous êtes un amateur averti, comme Pinault, et la plupart des collectionneurs-mécènes du plus haut nveau. Dans les stades intermédiaires (ce qui est mon cas), il vous faut travailler à perfectionner vos connaissances. Je note en rouge ceux que j'ignorais encore voici un an. Aujourd'hui, j'ai un peu honte de mon ignorance!
John Baldessari, Matthew Barney, Daniel Buren, Maurizio Cattelan, Peter Doig, Robert Gober, Andreas Gursky, Damien Hirst, Jeff Koons, Bertrand Lavier, Paul McCarthy, Annette Messager, Bruce Neuman, Richard Prince, Charles Ray, Gerard Richter, Ed Ruscha, Cindy Sherman, Richard Serra, Andres Serrano, Wolfgang Tillmans, Bill Viola, Jeff Wall.
Pour tous publics Cette rubrique a le rectangle vert *** (travail personnel non publié) et le rectangle violet *** réservé à des amateurs curieux ou avertis. Le premier rectangle avertit que le texte est protégé par un copyright, on peut lire mais non copier. Le second rectangle violet est destiné à disparaître au fur et à mesure que la familiarité des internautes avec l'art contemporain s'accroîtra. Pour ceux qui habitent Paris, une fréquentation de la bilbliothèque à Beaubourg est nécessaire. Commencez par visiter les collections permanentes, admirablement présentées, puis feuilletez les livres de reproductions des artistes cités ci-dessus. Il existe aussi quelques livres simples d'initiation à l'AC. Vous les trouverez dans les librairies des musées, notamment de celle du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (Palais de Tokyo). Evitez les livres érudits bourré de référence, n'ayez pas honte de lire les petits fascicules pour débutants. (Comment voir un tableau etc.)
Pourquoi se donner tout se mal? On peut se le demander, tant bien de ces oeuvres sentent la fumisterie, ou l'exhibitionnisme macabre. Mais il faut dépasser la première impression, bien naturelle. Avant de critiquer et de juger, il faut entrer dans la démarche de l'artiste et de ses supporters. Au pire, vous aurez pris la mesure de ce que l'intelligentsia apprecie, ou fait semblant d'apprecier, ce qui est fort instructif. Au mieux, vous rentrerez dans le monde magique de Barney, de Viola ou de Jeff Wal. Cela en vaut la peine. A propos, achetez donc les DVD de Barney et tous ceux de Bill Viola. C'est peut-être la meilleure introduction. Le DVD de Jeff Koons est également instructif, et drôle.
Bonne chasse et communiquez vos impressions.
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Un Décodage de l'Art Contemporain 2. Repères*** APOCALYPSIS CUM FIGURIS Spectrographie de l’Art au XXIe siècle (Suite)Cette étude comprend trois parties.
NIVEAUX DE QUALITÉ
Les côtes affichées, de leur côté, traduisent la conviction du marché, des médias, des experts et conservateurs de musée, que si tous les artistes sont égaux, certains sont plus égaux que les autres! Même ceux qui condamnent la hiérarchisation par l'argent, ne peuvent s'empêcher, par inadvertance, de proposer la leur, tout aussi arbitraire. Ils s'indignent qu'un tel végète parce qu'il n'est pas entré dans le circuit du marketing. Il suffit qu'un artiste soit français, pour qu'il vaille dix fois moins cher qu'un artiste américain qui ne lui est pas supérieur, déplore maint critique européen. Mais supérieur selon quel critère?
Lorsqu'on songe que le sens dérive de la relation, la destruction des liens aboutit à la destruction du sens, au retour à la matière brute, à la sensation immédiate. John Cage en niant l’intérêt des rapports de hauteur, de rythme ou de couleur pour se concentrer sur le son pur, comme Rodchenko avec ses monochromes, adoptaient une attitude régressive. Ce dernier, avait d'ailleurs la franchise d'intituler ses toiles, uniformément rouges, jaunes ou bleues la fin de l'art. Après ces "tableaux", signant la fin de l’évolution de la peinture, Rodchenko abandonna cet art pour se tourner vers la photographie et des produits médiatiques à fonction socialisante. Marcel Duchamp adopta une démarche analogue en délaissant la peinture pour les échecs.
Une œuvre minimaliste, a une entropie de départ (avant le choix) très réduite. Une néguentropie réduite suffit pour la maîtriser. C’est le cas des œuvres de Kosuth ou de Wiener, rigoureuses à bon compte. En revanche un travail aussi hétéroclite que le matériau de départ de Robert Rauschenberg ou de Paul McCarthy, sont très difficiles à contrôler, et il est possible qu’ils contiennent une marge importante d’indétermination : laxisme, hasard ou contingence.
La notion d’information est d’après Bonsack aussi fausse que celle de potentiel. Ce qui compte c’est la différence de potentiel sans laquelle il n’est pas de courant. De même sans différences de deux entropies, l’information ne peut se constituer en spécificité, stagnant au stade de la donnée brute. L’antagonisme entre le besoin d’accroître par la liberté et le hasard l’entropie de départ, et de se forger des canons restrictifs, se traduit par la pulsion systémique qui pousse l'artiste vers le monumental et le "large scale system". Le mot monumental n'est pas pris ici au sens purement dimensionnel, comme le transfert d’une maquette de Robert Delaunay pour une fresque. Il ne se réduit pas au nombre d’ éléments inclus dans le projet, comme La Fée Electricité de Raoul Dufy, mais vise la complexité organique dépassant les capacités de perception immédiate du public, voire de l’artiste, et invitant à l'exploration active. Les réalisations des grands architectes contemporains, la série de sculptures de Richard Serra à Bilbao, les toiles injustement sous-estimées de Richard Estes, les triptyques de Matta et de Francis Bacon, en sont des témoins impressionnants. La pulsion qui pousse les artistes vers la grande échelle, lorsqu'elle n'est pas soutenue par une intégration et une hiérarchisation suffisantes, peut les conduire à des échecs retentissants : prétention, kitsch, faiblesses et inégalités. Picasso avait coutume de dire à propos des aquarelles de Paul Klee, qu'il est relativement facile de composer un tableau "sans trous" à petite échelle, mais qu'emplir un espace monumental c’est une toute autre affaire.
La principale d'entre elles est certainement le degré de novation. Il s'agit d'un critère aujourd'hui devenu obsessionnel pour les critiques d'art et les conservateurs de musée, au point qu'une oeuvre pratiquement inexistante, peut être portée au pinacle, si l'on parvient à démontrer qu'elle est porteuse d'une nouvelle vision, d'un nouveau concept, d'une provocation inédite. L'urinoir de Duchamp, la "merda d'artista" de Manzoni, les propositions de Kosuth illustrent cette tendance portée à son point extrême.
Les leçons d'un ancien marchand de tapis
Il me fallut du temps pour m'extraire de son influence et, bien que convaincu de l'importance dominante de l'innovation, je finis par admettre, à contre coeur, que des artistes peuvent être à la fois valables, voire géniaux, et en marge de l'Avant Garde. Pierre Boulez adoptait alors ne attitude équivalente, en se concentrant sur les grands innovateurs, de Wagner à Webern, tout en se désintéressant de Verdi, ou de Richard Strauss. René Leibowitz, pourtant un chantre du dodécaphonisme, était plus tolérant et admirait aussi bien Offenbach que Puccini.
La pensée extrême-orientale
La notion de novation est donc forcément subjective et intimement liée à l'imprévisibilité et l'improbabilité, c'est-à-dire à la quantité d'information délivrée. Lorsque celle-ci est faible, le spectateur est agréablement surpris, excité, émoustillé. La sensation de déjà vu, de ressassé, d'usé, fait place à l'étonnement et satisfait ce que l'on appelle la faim de stimulus (Stimulus Hunger des behavioristes américains). C'est d'ailleurs ce qui pousse les artistes, comme les hommes de marketing et de pub, à présenter du nouveau. Mais lorsque la quantité d'information induite par la novation dépasse la capacité d'assimilation du spectateur, il se produit un effet de désorientation d'abord, puis d'incompréhension, de saturation et d'irritation. Ces réactions sont récurrentes chaque fois qu'on met le public, et même la critique, face à une oeuvre radicalement étrangère à ses habitudes, même si du point de vue de l'histoire de l'art, elle n'est pas novatrice.
Pour qui n'est pas habitué au minimalisme, l'effet déconcertant produit par le plus important des Donald Judd ne se différencie guère d'un des innombrables épigones de l'artiste ou de la superposition de valises dans le magasin Vuitton des Champs Elysées, qui s’en inspire. Il ne suffit donc pas qu'un tableau nous choque pour qu'on lui confère un brevet d'innovation.
Le connaisseur, justement fuit ce travers, en s'informant au mieux et en faisant l'effort d'assimiler les catégories artistiques desquelles se réclame l'oeuvre : postmodernisme, art conceptuel, installations diverses etc. Cela demande une empathie et une patience considérables, qui sont récompensées par une faculté précieuses entre toutes : le discernement. La tâche est compliquée par le fait qu'on peut ne pas disposer des aptitudes, ni des attitudes adéquates. Il est nécessaire alors d'intensifier l'effort d'apprentissage. Bien souvent, les freins proviennent non d'une ignorance, mais d'une trop grande connaissance. Le magasin de formes est alors surencombré et la place manque pour en accueillir de nouvelles. C'est pourquoi des amateurs l'emportent souvent sur des professionnels dès qu'il s'agit de juger des oeuvres novatrices. L'âge - mental, plutôt que physique - est également un facteur sclérosant qui empêche d'accueillir la novation. Enfin, le facteur individuel est déterminant. Pour d'innombrables raisons, souvent obscures, on peut ne pas "accrocher" à tel style ou à tel sujet. On comprend la réaction de rejet, voire de dégoût, qu'éprouvent les spectateurs "normaux" devant certaines installations de Paul McCarthy. Elle est d'ailleurs recherchée par l'artiste. Reste à la transformer en jouissance et en admiration, ce qui n'est pas une mince affaire.
1. Il n'est pas vrai que n'importe quel objet puisse être admis dans un musée. Une sélection est obligatoirement présente par la limitation des surfaces disponibles. Autrement - ce qui survient parfois - un balai et un seau abandonnés par mégarde dans un coin de la salle d'exposition, devraient être conservés dans les collections et être reproduits. Ou encore, il suffirait que n’importe qui décrète que son appartement est un musée, pour que tout son contenu devienne oeuvre d'art. Tracy Emin a présenté à la Tate Gallery, le lit jonché de détritus divers sur lequel elle a couvé sa déception d'avoir été plaquée par sa compagne. Sa chambre à coucher était devenue un environnement muséal. Cette oeuvre nominée a lancé l'artiste au pinacle de l'art britannique. Mais je doute que vous eussiez obtenu un succès comparable. En théorie, tous sont égaux devant l’art, mais en pratique certains sont plus égaux que d’autres, comme ces animaux de la ferme de Georges Orwell.
Nous avons appelé ce syndrome « Medusa » car il frappe de culpabilisation paralysante ceux qui essaient de s’y soustraire. Il a été initié par les penseurs Adorno et Benjamin et poursuivi par l'école de Francfort et a exercé une influence dominante sur l'art. Cette tendance entropique échappe à l'opposition de moderne et de post-moderne, dans la mesure où dans l'une comme l'autre tendance on trouve des oeuvres "positives" conformes à l'idéal humaniste, et des oeuvres "négatives", l'inversant. Par exemple les oeuvres modernes des Mondrian, des Klee, des Delaunay, des Rothko, de l'abstraction lyrique française, privilégient le beau, l'harmonieux, le raffiné, de même que celles, post modernes, de Bill Viola, de Richard Estes et des photographes Duane Michals, Mapplethorpe, ou Jeff Walls. Cependant il serait vain de nier que c'est la tendance anti-humaniste qui prévaut depuis Dada et qui est devenue la marque même de la respectabilité.
Mozart était l’exemple type du maître. Ses œuvres les plus novatrices et les plus savantes, paraissaient classiques et limpides. On l’a justement comparé à Raphaël. Etienne Gilson a montré que le passage à l'acte, de la vision interne d'un projet artistique, à sa réalisation matérielle, est un processus extrêmement pénible, souvent sanctionné d'échecs. Le Maître se joue de ses obstacles. Il est capable non seulement d'innover, mais de porter l'innovation a son plus haut degré d'aboutissement.
La maîtrise est d'autant plus difficile à exercer que la vision est plus audacieuse, plus nouvelle et que le médium qui doit la faire atterrir dans le public est moins ductile. Le poète et le sculpteur qui doivent se battre avec l'inertie des organisations et de la matière. Pour l’ex-athlète Matthew Barney, c’est en cette résistance opiniâtre contre l’adversité et les obstacles que réside la maîtrise qui fait le chef d’œuvre.
Le trompe l'oeil est le refuge suprême du professionnalisme depuis Xeuxis, et l’épate public par excellence. C'est une des raisons pour lesquelles les hyperréalistes ont été dévalorisés, artisans consciencieux, que les conservateurs et les critiques d'art, ont honte d'aimer. C'est aussi ce qui pousse les artistes soucieux de respectabilité, à introduire dans leurs oeuvres du "mal peint", de la licence, à l'exemple de la "bad painting" du dernier Picasso, et des dessins de Petitbon et de McCarthy. Mais cette dichotomie est trompeuse et s'inverse souvent à l'analyse approfondie de oeuvres.
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