Friday, 15 June 2007
SÉQUENCE 180
Aparté et aube de Noël
Le Bungalow Hartzman
Le maître d'Atoll, Clara puis Lasse.
CLARA (au téléphone) Je ne comprends pas ce qui se passe et je crains de commettre un impair. C'est un cas d'extrême urgence. Lars Hall est à côté. Il nous faut être prudents
LE MAÎTRE D’ATOLL Pas de panique, Clara. Reprenez vos esprits, vos idées et votre sang froid. Partez du commencement.
CLARA Comme convenu je lui ai fait la cour et j'allais le rejoindre au bungalow quand ... J'ai perdu connaissance. On m'a tiré d’un état de catalepsie le lendemain vers midi. Je ne me souviens de rien. Ma tension était très basse et je m'étais déshydratée. Puis au cours de l'après-midi j'ai miraculeusement récupéré. J'ai dévoré une collation abondante, en proie à une faim gargantuesque dont la fringale est à peine apaisée. J'avais besoin de viandes, de laitages, d'oeufs, et ... de fraises! Comme une femme enceinte. Puis... Puis ...
LE MAÎTRE D’ATOLL
Continuez. (Un silence). Vous vous êtes rendue au bal.
CLARA C'est cela. J'allais m'excuser mais il m'a devancé. Il a prétendu que... que... j'avais couché avec lui et que j'étais enceinte. Plus tard en rentrant au bungalow, il m'a dit combien il était heureux de m'avoir prise vierge, oui, vierge! Il a ajouté que j'étais ATOLL, que notre fils serait l'héritier de MINOTAURE et d'ATOLL. J'étais sidérée. J'ai fait comme si je partageais ses divagations. Serait-il devenu insensé ou est-ce moi qui déraille? Et le voici qui va s'amener et qui voudra coucher avec moi. Que faire? Moi vierge? Moi enceinte? Et de Minotaure! Que vient faire Minotaure dans tout cela? J'avoue que je perds pied.
LE MAÎTRE D’ATOLL
Cela est tout à fait compréhensible.
CLARA
Ah! Vous semblez y comprendre quelque chose Maître! Vous me rassurez. Je commençais à me faire des idées.
LE MAÎTRE D’ATOLL
Ce n'est ce que j'ai voulu dire. Tout simplement, votre affolement est légitime et il faut que nous réfléchissions.
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SÉQUENCE 178 Le bal des clochettes
L'antichambre de la grande salle de bal du Campanelli's Resort à Saint Martin. Veillée de Noël.
Personnages :
Philaos : animateur de télévision
Amanda Fletcher : journaliste people et pipelette officielle
Sir Hilary Onianos : Ambassadeur plénipotentiaire anglais
Bruno-Anton Zemlinsky : violoniste de second ordre
Ingrid : jeune suédoise, jeune fille au pari chez les Hall à Santa Samarea
Le père Zezette :Prêtre orthodoxe à San Lazzaro degli armeni à Venise..
Lars Hall-Bentzinger II : industriel
David Kahn. Psychanalyste. Médecin personnel de Mrs. Reubenstein
Philaos en père Noël PHILAOS
Chers amis, carissimi amici, nous voici réunis dans cette salle prestigieuse, réplique enrichie du Palais de Cristal d'Altona. L'arbre de Noël est chargé, comme vous pouvez le constater, de resplendissants paquets multicolores : ce sont des cadeaux, le prix de notre tombola en faveur des oeuvres de Mgr. Zezette et du père Alcibiade. En prime, trois lots-mystère pour les trois derniers arrivés dans cette salle avant minuit. Prenez vos billets sans tarder
AMANDA FLETCHER
Voyez donc qui arrive : Sir Hilary, le clan Hartzman au complet ... ou ce qui en reste. C'est une honte. Se produire en public après un deuil pareil! Pauvre Vera.
SIR HILARY ONIANOS
C'est dans l'intérêt des enfants. La magie de Noël effacera de morbides souvenirs.
BRUNO-ANTON ZEMLINSKI
Santa Samarea est sinistre pendant les fêtes.
INGRID
Vous êtes au dessous de la vérité. Attendez de voir la forteresse Hartzman!
BRUNO
Vous y habitez?
INGRID
Si l'on veut... Excusez-moi, on m'appelle.
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Pour apprécier ces séquences, il est indispensable au préalable de lire les séquences qui précèdent. Pour commencer, cliquer ici ► XXXXX
SÉQUENCE 172
PIÈGE
La chambre à coucher du bungalow Hartzman. Premières heures du matin
Lasse et Clara.
CLARA
J'ai cru que tu plaisantais, Lasse, je me suis cruellement trompée. Cesse de me regarder comme ça et de me faire mal, je t'en supplie. Tu n'as pas dit un mot. Pas une explication. Seulement des assauts sauvages, des raffinements cruels et humiliants. Tu ne m'as laissé aucune chance.
LASSE
Tu es tombée tête baissée dans le piège que je t'ai dressé. A Fontanahead tu as appris ma présence à Saint Martin. En manipulant cet imbécile de Bruno, tu t'es fait engager pour Noël. Ma passion pour les filles intelligentes et sensibles est notoire et tu as deviné que je traverse une période de vide affectif. Tu m'as fait le coup de l'amour fou. À présent c'est l'heure de vérité. Ce que je t'ai fait subir n'est rien à côté de ce que je te réserve si tu refuses de répondre à mes questions. Tu vas parler.
CLARA
J'accepte de bon coeur et, vois, je te mets en position de sentir si je mens. Interroge-moi, je te jure de te dire la vérité, rien que la vérité.
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Nouvelles du blog
Le médecin à un ami qu'il vient d'examiner :
J'au deux nouvelles à vous annoncer, une mauvaise et une bonne. La mauvaise la voici : vous n'en avez pas plus de trois mois à vivre. La bonne : je viens de coucher avec ma secrétaire.
Non, ce n'est pas une plaisanterie : c'est une oeuvre de Richard Prince de la série des "jokes". Prine est un des vingt cinq artistes de la liste New Wave. J'attends que Bonnet m'explique où réside le génie de cet artiste , dans le traitement de la surface, le caractère des lettres?
J'ai été revoir Chute d'étoiles avec un jeune Russe fort intelligent mais tourné vers les choses matérielles de la vie et ne connaissant rien d'autres que les arts de distraction. Il a découvert là, un art d'élévation. J'espère que cela constituera un déclic pour toute une vie. Mais aussi qu'il utilisera une partie de son immense fortune pour faire du mécénat et s'intéresser à l'art si riche de notre époque. Quant à moi, j'ai commencé de lire les lettres à Félician de Ingeborg Bachmann, Actes Sud, 2006. Une nostalgie mystérieuse, tendre et déchirante. Le duo d'amour me rappelle celui entre Lars et Clara. J'ai l'intention à ce propos de vous livrer demain la suite et la fin du duo d'amour de Saga. J'ai lu aussi quelques poèmes choisis de Paul Celan, chez Gallimard, 1952-1998. La richesse de la poésie est désespérante, comme celle de la musique d'ailleurs. Des centaines de relectures n'épuisent pas les connotations de ces mots mystérieusement juxtaposés.
Le tableau intitulé Voie Lactée, est peut être ce qui m'a le plus impressionné. Ce qui est décourageant, c'est le sentiment qu'on reverra jamais pareille exposition, et son passage est si court? Un mécène serait bien avisé de transporter tout l'ensemble dans un musée construit ad hoc. Pendant que j'écris ces lignes, la lumière grise de l'aube me rappelle celle, mystérieuse de l'immense tableau de Kiefer.
J'ai écrit cette nuit deux textes que je vous soumets. L'un provient de L'Entretien. D'une secheresse voulue on ne peut le comprendre que dans son contexte qui est d'un thriller assez effrayant, car il a été placé dans une enquête macabre, pour faire diversion. Le second texte, est la suite de la masterclass sur la grande distribution. (David le chameau).
L'Entretien
Séquence XXXVI, Vol. 5 p.367
Dans le Monastère, Explication de textes, IIème partie.
Personnages :
Pr. Isaac Feldman, logicien
Anders, Dewal-Argan, membres d'Atoll.
INTRODUCTION
Rappel de l'intrigue. Sur la base d'indices très minces, on essaye de résoudre l'engme de la disparition de Michael Loewy, agent supposé d'Atoll, dont on a retrouvé le corps flottant dans les méandres de la Seine, à hauteur de Bonnières sur Seine. On ne reproduit ici qu'un extrait de la séquence relative au mécanisme des inférences cher à Sherlock Holmes et à Hercule Poirot. Ce n'est que bien après avoir rédigé ce dialogue, que je retraçais la nouvelle originale (voir "ma bibliothèque). On a trouvé dans la poubelle de la victime, quelques mots grifonnés.
Anders (songeur)
Une promenade de 900 pieds n'est pas une plaisanterie, surtout s'il fait chaud" N'est-ce pas ce que vous avez noté?
Dewal
Oui, ce serait un gribouillis de Loewy trouvé dans sa corbeille à papiers.
Feldman
Permettez, je crois que la mention originale est " Une promenade de 9 miles n'est pas une plaisanterie, surtout si on a bien déjeuné et qu'il pleut".
Dewal
On vérifiera, mais quelle importance? Et quelle relation avec le meurtre?
Anders
Bien sûr! J'y suis. " Una passeggiata di nove miglia non è poi uno scherzo, soppratutto se piove! "
Dewal
Quoi donc?
Anders
C'est le titre d'une nouvelle policière parue voici un demi siècle dans une édition italienne de l'Ellery Queen's Magazine. En français ça donne quelque chose comme "une promenade de neuf miles n'est pas une plaisanterie, surtout s'il pleut !"
Feldman
Vous avez ma foi raison. Je connais la nouvelle. Kemelman est très astucieux. Voici donc l'origine du message de Loewy.
Dewal
Et c'est maintenant que vous vous en souvenez? Enfin nous tenons peut être un indice. Quelle est cette histoire?
Anders
Je ne m'en souviens plus
Feldman
Je n'en n'ai aucune idée
Dewal
C'est un comble
Feldman (sèchement)
Vous êtes bien bon. Allez vous remémorer au bout d'un demi-siècle d'un texte sans importance, lu distraitement.
Anders
Je puis à la rigueur retrouver le sujet original. Un Sherlock Holmes de province, veut démontrer qu'à partir de l'analyse d'une simple phrase, on peut démasquer un criminel et prévenir un hold up.
Dewal
Et cette phrase est : une promenade de neuf miles...
Anders
Bien entendu. Mais je ne me souviens de rien d'autre. Que voulez-vous y faire?
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Thursday, 14 June 2007
Les conséquences imprévisibles de la doctrine Trujillo
Unexpected Outcomes
C'est mon ami François de Closets qui, je crois, me faisait remarquer qu'avec la grande distribution, et l'urbanisme de masse, on était entrés dans l'ère du carré, du cube ou du rectangle. Tout est au carré :les boites de sardine, le riz Basmati, les CD roms, les barres de HLM, les têtes des jeunes et des branchés...
C'est qu'une des premières nécessités du "plus de vendeurs, servez-vous vous mêmes" impliquait la mise sous emballage de ce qui auparavant était débité en vrac : le beurre en motte, les pâtes, le jambon, les oeufs, les produits d'entretien. Et l'emballage se devait d'être cubique afin de faciliter le rangement et le stockage. Notamment de minuscules cédéroms étaient enfermés dans de grandes boites remplies de vide.
C'est que le vendeur étant absent, il appartenait à l'emballage de vendre. Cela se faisait par un argumentaire décrivant la nature du produit, sa composition, voire même son apparence lorsque l'emballage était opaque. La photo de l'objet remplaçait alors la vue de l'objet. En complément des emballages vendeurs, on prévoyait aussi des pancartes, tracts, coupons, s'adressant "personnellement " au client, devenu un "consommateur" (au sens d'un ver de terre consommant la glaise et l'évacuant). Jean Baudrillard dans Simulacres et Simulation, Débatd, Gailée 1981, cite l'Ecclésiaste:
Le simulacre n'est jamais ce qui cache la vérité - c'est la vérité qui cache au'il n'y en a pas.
Le simulacre est vrai :
Beaudrillart remarque en outre que la carte précède le territoire, c'est à dire que le consommateur achète, non pas le produit, mais son image dans l'emballage, dans la pub, à la télévision, dans les guides du consommateur. "Vu à la télévision" devient un argument de vente.
C'est qu'il n'est pas suffisant de faire vendre par l'emballage ou la pub dans les jouernaux, il y manque le bagoût du vendeur. Or il n'y a pas de vendeurs dans la doctrine Trujillo. On va donc le remplacer par un simulacre, plus beau que le vrai, et ce simulacre est fourni par la télévision en couleurs, à ce moment au début de son essor.
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