Sunday, 3 June 2007
Nouvelles du blog
Ainsi que je l'avais annoncé, je me suis attelé à la reconstitution de larges groupes de séquences de L'Entretien. N'oubliez pas pour y avoir accès, d'aller sur "continuer la lecture" dans l'article "Regards sur L'Entretien"
Il est fortement recommandé d'ouvrir les liens correspondant aux séquences, dans l'ordre où ils sont répertoriés sur la liste, sous peine de déflorer les coups de thêatre et d'alterer la logique de l'intrigue. Pour accéder aux séquences, cliquez sur le titre à droite du numéro de la séquence.
Comme vous avez pu le constater, le journal d'aujourd'hui est consacré à Roger Staffe, un honnête homme et un homme de coeur. C'est aussi une occasion de vous introduire au pays de l'organisation du travail, une région aujourd'hui difficilement accessible. On peut prendre cet hommage comme une introduction à des masterclasses éventuelles destinées aux informaticiens qui souhaitent se débarrasser des maladies professionnelles qui les affectent.
Bonté, simplicité, humilité
Les clés de la productivité
In memoriam Roger Staffe
Le blog fait souvent ressurgir les fantômes du passé. Je viens de recevoir une lettre qui dans sa simplicité m'a touché au fond du coeur. Elle émane de Claude Staffe, le fils de celui qui a été mon premier patron, directeur de la logistique et des réserves au Bazar de l'Hôtel de Ville, à Paris. Il m'écrit notamment :
" ... Je suis le fils de monsieur Roger Staffe avec qui vous avez collaboré au BHV autour des années soixante... Mon père a si souvent évoqué avec moi vos années de travail en commun, vos voyages professionnels, et les liens cordiaux qui vous avaient unis, que vous êtes resté présent dans nos souvenirs. C'est à travers les médias que nous avons pu suivre votre brillante carrière de professeur, d'écrivain et de philosophe... Je sais que mon père aurait aimé vous revoir, mais le temps, léloignement et votre notoriété l'ont sans doute retenu. ... Parmi d'autres souvenirs j'ai hérité une de vos oeuvres à l'aquarelle sur papier d'Arches représentant la Baie d'Along. ... Ma lettre n'a pour but que de vous apprendre, bien tardivement la disparition d'un homme qui ne vous avait jamais oublié.
Cette lettre me rappelle que j'ai trop accordé d'importance à l'actualité politique, au détriment de ce qui est mon premier métier : le noble et difficile travail de l'organisateur. Il est vrai qu'il a aujourd'hui pratiquement disparu, comme l'art des verriers et des tailleurs de pierre. Il était condamné par les informaticiens qu'il privait d'une bonne partie de leur bifteck. En effet l'organisation, telle que me l'avaient apprise mon maître Raymond Boisdé, du CNAM, successeur de la chaire initiée par l'illustre Henri Fayol, le père de l'organisation administrative, reposait sur des principes insupportables aux compagnies de logistique et d'informatique. En voici quatre : "il faut informatiser ce qui a été organisé et non organiser ce qui a été informatisé" , " L'organisateur est le médecin de l'entreprise, il doit lutter pour élever sa productivité, sa popularité et son prestige dussent-ils en souffrir " " Ce qui n'existe pas ne mange pas de pain", "L'OST (l'organisation scientifique du travail) c'est l'obtention de la sympathie du travailleur.
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Saturday, 2 June 2007
SÉQUENCE 104
**** Disparition
Dans le bureau d'Isaac Fultz Isaac Fultz, Laurent Schwartz
SCHWARTZ
Dans mon métier on devient vite paranoïaque. C'était sans doute une démarche injustifiée.
FULTZ
Pas du tout. Vous avez bien fait de me consulter. Récapitulons. Vous avez rendez-vous à dix heures A.M. 95th rue, au domicile de votre client. Valentin Ludell vous demande de l'aide. Il souhaite que vous meniez une enquête très confidentielle destinée à confirmer certains soupçons. Vous n'en savez pas davantage. Mafalda, sa gouvernante, est abasourdie. Son maître a disparu. La veille, elle lui aurait apporté une boisson chaude, car le sommeil le fuyait. Le matin il avait rendez-vous chez son notaire, puis avec vous. Il s'est cependant volatilisé, apparemment nu, car son pyjama et ses costumes étaient à leur place habituelle, au complet. Vous avez fouillé la maison sans succès : pas un mot, pas le moindre indice.
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SÉQUENCE 144 c.
(Par erreur 147 dans le « Codex éléphant »)
,,,,, Résolution à la tonique
Le chalet "KIRUNA" à Gstaad Valentin, Lars Hall, Richard, Alexandre, Ingrid, Vera.
VERA
Tu peux y aller chéri, ça va beaucoup mieux, emmène les enfants au ski.
LARS HALL Valentin!
VALENTIN Alex, Richard...
ALEXANDRE On a fait encore des bêtises papa? C'est sérieux?
VALENTIN Mes chéris, j'ai une terrible nouvelle à vous annoncer. Vous devez être forts et je sais que vous l'êtes. Votre maman ne reviendra plus. Elle a eu un terrible accident d'avion en revenant de Santa Samarea. Elle n'a pas souffert. Je suis désolé. Richard, Alexandre!
(Il les embrasse. Les garçons sont pâles et ne disent mot).
Vous n'êtes pas seuls:Vera qui vous aime, votre vrai papa copine avec vous, et je suis là toujours auprès de vous, si vous voulez un raseur comme moi? Papa vous fera faire du base-ball, de la lutte, des arts martiaux... et aussi vous expliquer ses trucs financiers auxquels je ne pige rien. Moi je me charge de la musique, de la littérature, enfin, tout ce qui est inutile. Ingrid fera le reste...
ALEXANDRE (Pleurant)
Maman! Maman! Je ne veux pas! Elle ne doit pas me quitter! Je ne veux pas!
RICHARD (l'entourant de ses bras)
Alex, Maman est au ciel. Elle nous voit et elle nous entend. Nous devons être courageux, comme elle. Elle revit en nous. Et elle ne serait pas heureuse de nous voir pleurer. Tu te rappelles, elle a dit qu'un homme ne pleure pas. Il serre les dents, mais il ne pleure pas.
ALEXANDRE Oui Richard, nous avons hérité de son courage, de sa volonté, on suivra son exemple. Mais c’est dur. Vraiment dur.
(Il sanglote).
Maman, on est là, avec toi. Papa, on peut la voir?
LARS HALL
Non mon chéri. Il ne reste plus rien de l'avion. Il est tombé dans l'Océan Atlantique. C'est mieux comme ça. On gardera le souvenir de maman, comme on l'a quittée, si gaie, si joyeuse... Elle vous aimait tant. Vous la garderez toujours dans votre coeur!
VALENTIN Venez avec moi, on va faire une prière pour maman.
VERA (Elle fait un signe de croix) Que Dieu la reçoive en son sein et lui pardonne ses pêchés.
HILARION (A l’avant-scène)
Amen!
SÉQUENCE 114
Le Campanelli's Resort Saint Martin dans les Caraïbes
Jérôme Boniment, Matti Kaltenbach
MATTI KALTENBACH
Non, en toute honnêteté, je ne puis me plaindre. Le poste est peu gratifiant sur un curriculum vitae, mais la clientèle est exigeante et paye bien. Discrétion, efficacité; discipline, telles sont les qualités requises et elles me conviennent tout à fait. Le seul problème, c'est le sexe et les distractions. On me fait mener ici une vie monacale. Pas le droit de recevoir, ni de sortir, ni d'acheter ailleurs que sur catalogue ou dans les boutiques club. Aucune liaison, aucune amitié, ne sont tolérées au sein du resort. Mais je n'ai pas l'intention de m'éterniser ici, juste de quoi économiser pour monter mon resto à Château d'Oœx. Ils m'ont promis d'utiles recommandations pour le Park Hotel qui m'enverra des clients.
Enfin. Je suis content que Rössli se porte bien. Seriez vous d'accord pour entrer en fonctions Lundi prochain?
JÉRÔME BONIMENT
Pour être franc, je préférerais commencer le 2 Janvier et jouir de mon Noël à Saint Martin.
MATTI KALTENBACH
Du 2 au 18 c'est la période creuse. Cela ne m'arrange pas du tout.
JÉROME BONIMENT
Coupons la poire en deux. Je fais du mi-temps et nous ne me payez qu'un tiers du salaire. Nous sommes ici en zone franche et l'administration fermera les yeux.
MATTI
Elle ne ferme jamais les yeux ici. Pourquoi cette insistance?
JÉROME BONIMENT
Il faut me laisser le temps de m'acclimater.
MATTI KALTENBACH
On ne s'acclimate pas au paradis.
JÉROME BONIMENT
Le crépuscule est si brutal : une grande nappe jaune safran et puis, soudain c'est le noir. Il faut s'y habituer. Au début, il parait que ça donne le cafard.
MATTI KALTENBACH
Ce que vous essayez de me faire comprendre, c'est que vous voulez avoir des soirées de libre?
JÉROME BONIMENT
Au contraire. Je préfère travailler, ça me changera les idées.
MATTI KALTENBACH
C'est mieux ainsi. Hermann n'aime pas les arrangements. C'est un psychorigide.
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SEQUENCE 106
SEHNSUCHT (Nostalgie)
Santa Samarea, Vadish colline
Ingrid, Pedro Gonzales, puis Vera et Lasse.
Dans la banlieue résidentielle, loin de la brume polluée de la ville basse. Un sanctuaire protégé par un barrage sécuritaire paramilitaire. On ne peut y pénétrer ni... s'en échapper, sans sauf-conduit. Les occupants de cette réserve d'air pur, de forêt de sapins et de prés bien entretenus, constituent une colonie très fermée. Une maison blanche de style colonial, aux colonnes doriennes, hautes fenêtres aux persiennes marron surmontées de frontons triangulaires, étincelle, noyée de rhododendrons et d'azalées. Il est deux heures p.m. Une jeune femme très blonde, vêtue de blanc, veille, assise sur un banc auprès d'un berceau. Deux garçons en short d'une douzaine d'années, roses, blonds, traits réguliers, bien peignés et bien habillés, sortent en courant de la maison et plongent vers le parc. La femme tient un livre ouvert sur ses genoux mais rêvasse.
Arrive Pedro Gonzales, tenue de jardinier, petit, maigre et la quarantaine usée. Attitude soumise et peureuse, visage buriné et bronzé.
PEDRO GONZALES
Excusez-moi, mademoiselle, le bruit de la tondeuse a dû vous déranger
INGRID C'est en effet l'heure de la sieste. Elle risque d'être perturbée par le vacarme. Aujourd'hui cependant elle va mieux. Demain elle risque de replonger, cette nuit c'est la pleine lune. C'est aussi difficile à supporter pour elle que pour les autres.
PEDRO GONZALES Pourtant elle ne manque de rien. Elle a une belle maison, un mari beau et riche, un enfant adorable et l'avenir assuré, sans parler du reste. Il y en a qui devraient bénir le ciel plutôt que se torturer alors que tant d'autres peinent à survivre.
INGRID Vous philosophez au lieu de travailler, Pedro, il ne sera pas content... Cependant, c'est incontestable, vous causez bien.
PEDRO GONZALES C'est que j'étais professeur de philosophie dans mon pays, mademoiselle, avant d'émigrer.
INGRID Cela ne nourrit pas son homme, je suppose.
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