Billets par Bruno Lussato
Saturday, 4 August 2007
Sixième livraison
Le cabinet du Professeur Necromonte
Sequence 221 de l’Entretien
La page 1644 du vol.25 de L'Entretien. détail.
Le jeune homme fut introduit dans le cabinet du professeur. Sextus Famulus, son assistant, le faisait patienter en l’agaçant d’un flot de banalités érudites, l’un faisant semblant de parler, l’autre d’écouter. Tous deux ouvraient cependant leurs yeux et essayaient de pénétrer le mystère des prunelles, de charbon pour l’assistant, de glace pour le visiteur.
- Aujourd’hui le monde appartient à ceux qui ont le code, pérorait Famulus. Il suffira de programmer et de … reprogrammer, pour que l’homme libre devienne ton zombie. Pourquoi s’évertuer à convaincre, agresser, soudoyer, séduire, menacer, alors qu’un philtre génétique fait l’affaire ?
Le jeune homme qui le fixait de ses grands yeux vides, l’intriguait. Tout en lui était contradictoire. Famulus se remémora son cursus. Son âge, 23 ans était démenti par la fraîcheur d’adolescent de son visage aux magnifiques yeux clairs, virant au vert pour le droit, le violet pour le gauche. Son nez droit, ses lèvres pleines, la régularité parfaite de ses traits lui conféraient une touche d’irréalité, celle d’un chevalier de légende. Son regard s’animait fugitivement, ses prunelles sombres se rétrécissaient sous l’empire de la concentration. Ce n’était sûrement ni un intellectuel, ni un patient, celui qui s’efforçait de l’écouter puis y renonçait le regard vide, à nouveau. Il ne bougeait pas. Seul le balancement d’une jambe – car il s’était assis sur une table, l’impertinent ! – trahissait son agacement. Visiblement il n’aimait ni le lieu ni les objets qui l’habitaient, l’odeur d’encens qui l’enveloppait, celui qui l’entretenait de choses théoriques et futiles.
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La guerre du pôle
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J'ai été victime une fois de plus des caprices du wifi. Cela fait maintenant la troisième fois que je refais cet article. Les dernieres tentatives d'enregistrement éffaçant tout le contenu du billet! .
D'où le retard apporté à la rédaction de ce texte, qui fait suite à une discussion avec mes collègues de l'ISD, enregistrée en pure perte, une fois 5h du matin, l'autre à 7 heures.
©ISD, Institute for Systems and Development, Genève.
J'avais déjà signalé dans une chronique italienne du mois dernier, mon étonnement devant le faible retentissement donné à un événement géopolitique majeur : la découverte par les Russes d'importants gisements de pétrole, de gaz, de diamants et autres richesses géostratégiques, situés sous la calotte glaciaire, Un seul journal italien avait signalé le potentiel explosif aussi bien du point de vue écologique que politique de cette découverte. Aujourd'hui elle fait la une du Figaro à cause du geste spectaculaire consistant à planter un drapeau à 4 kilomètres de profondeur.
Cette découverte infléchit un peu le modèle quadripolaire proposé par mes collègues de l'ISD, (Institute for Systems and Development, en session comme tous les mois d'Août à Divonne.
Rappelons le modèle.
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Thursday, 2 August 2007
Ombres chinoises
La torpeur relative de l'été endort les craintes et avive les utopies. Lupasco nous enseigne que l'orsqu'une tendance croît dans notre univers mental conscient une autre, en sens inverse, croît correlativement.
Les succès de Nicolas Sarkozy, masquent des dangers potentiels, d'autant plus pervers et plus violents, que le couvercle s'est refermé sur les voies officielles de la contestation. Lorqu'on voit Kouchner défendre le rôle De Cécilia en évoquant, celui autrement plus inorthodoxe de Danielle Mitterrand, sans que nul n'ait trouvé à y redire, il rétablit les dissymétries du politiquement correct et radicalise la nouvelle génération de la gauche, menacée dans son identité. Pendant ce temps, d'une manière insidieuse, les contraintes rampent et étouffent la vie civile. Les employeurs suite à de nouvelles lois coercitives sont dissuadé d'embaucher et les propriétaires de louer. En voici un exemple.
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Cinquième livraison
Le dernier talisman
Séquence 218 de l'Entretien, suite. p.1620 du vol.XXV
Il fut aussitôt arrêté par le tenace vieillard, qui en l’agrippant cette fois par le pan de la chemise qui débordait du jean, l’apostropha en ces termes :
- Ecoutez-moi patiemment, Monsieur, (il avait repris son vouvoiement et son ton était empreint de respect), si l’objet que je me propose de vous montrer à présent ne vous tente pas, il est à vous ! Je suis persuadé que vous êtes homme d’honneur et que vous ne simulerez pas l’indifférence pour vous l’approprier indûment.
Excédé, mais curieux, se maudissant de céder au racolage de ce bonimenteur de foire, Lars suivit l’homme au fond d’un réduit, situé à droite de l’arrière boutique. La fille et le gérant étaient restés à l’écart, le cagibi étant trop exigu pour que tous s’y tiennent.
Quand le garçon émergea du réduit, son visage était bouleversé. – Qu’est-ce que cela? murmura-t-il, il me le faut !
- Je vous ai tenté, il vous faut donc négocier, répondit calmement le personnage pâle, ses yeux perçants rivés sur le suédois comme ceux d’un faucon.
- Combien vaut-il ?
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Quatrième livraison
Le deuxième talisman
Séquence 218 de l’Entretien
- Attendez d’avoir examiné ceci, mon garçon, insista l’homme en gris en le saisissant par le bras. Lars eut un vif mouvement de recul, comme si un reptile sec et froid l’avait happé. L’autre s’en aperçut car il retira sa main et la fit voltiger en l’air, traçant d’invisibles lassos.
- Voyez cet objet, qu’en dites vous ? Il sortit de dessous la table recouverte d’un feutre noir, une sorte de bâton enveloppé dans un drap de soie pourpre. C’était un rouleau d’environ un mètre qu’il déroula comme un kakemono.
Ainsi déplié il avait l’apparence d’un store vénitien aux lames d’acier exceptionnellement fines. En l’examinant avec attention, il découvrit à sa grande surprise qu’il était lisse comme un miroir, à peine strié par d’imperceptibles horizontales et aussi réfléchissant. S’étant approché du miroir, il s’attendait voir en toute logique l’image d’un jeune homme à peine sorti de l’adolescence, blond, rougeaud, aux formes lourdes et pataudes. Mais celui qui lui faisait face était inexplicablement de tous ceux qu’il avait rencontré dans les autres miroirs et dans la glace du magasin. C’était lui et pas lui. Le rose des joues, l’éclat mystérieux des yeux, l’or pâle du casque bouclé dru, les épaules larges mais sans vulgarité, les jambes longues mais robustes, et surtout les lèvres sensuelles et un peu mélancoliques, révélaient un être mythique, un « Waldknabe » un héros de la forêt nordique comme ceux qu’il avait vu dans les livres pour enfants.
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Wednesday, 1 August 2007
Le dernier cercle
L''enfer où Dante Alighieri se plut à fourrer ses ennemis, était fortement hiérarchisé. Le septième cercle, le plus proche de Minos, le roi des enfers, rassemblait la quintessence du mal, le mal absolu, l'infinité d'ordre supérieur de la perversion.
A propos de L'empire du Mal, inspiré par Elisabeth Costello, eight lessons, contrairement à l'auteur imaginaire de Coetzee pour qui il existait le mal absolu, contaminant rien que par son évocation, j'ai soutenu qu'il y a des hiérarchies dans le mal même infini des degrés dans les infinis, ce qu'admettent les franges les plus poussées de la théorie des nombres. Je m'oppose ainsi à ceux qui pratiquent l'égalitarisme jusque dans le jugement sur le crime. Par exemple on a entendu tel gauchiste de salon affirmer qu'un seul enfant mort, incrimine autant un agresseur, qu'une multitude d'enfants massacrés. A ce qui prétendent le contraire, ils reprochent de tenir une comptabilité de l'horreur. Ces âmes charitables font allusion aux victimes palestiniennes de l'état-bourreau d'Israël. Mais si on suit leur raisonnement, quelle nation en guerre peut se targuer de n'avoir jamais fait de mort innocent dans les rangs de l'adversaire, voire des malchanceux qui se trouvaient au mauvais endroit et au mauvais moment?.
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