Billets par Bruno Lussato
Tuesday, 3 April 2007
Les racines du hasard
C'est le titre d'un ouvrage d'Arthur Koestler, dans lequel le célèbre essayiste non seulement prend la défense des pionniers courageux qui défrichent le domaine sulfureux des phénomènes psi, mais émet des remarques très pertinentes sur leur condition d'apparition, qui devraient inspirer les "zététiques", ou sceptiques professionnels à sens unique (il n'y a pas que je sache de zététiques pour mettre en doute les postulats du néodarwinisme !).
Ci-contre un exemplaire en édition originale encore disponible sur amazon.com. Ce livre est devenu introuvable dans sa version française : Les racines du hasard.
La thèse de Koestler est la suivante:
L'univers du système
Il constate que dans tous les phénomènes divinatoires, que ce soit le I Ching, le tarot, l'horoscope ou l'astrologie, trois éléments sont toujours présents dans l'univers du système; le stimulus S censé orienter le système de signes (les données de l'existence passée et future de la vie du sujet) , la réponse R qui traduit en signes un stimulus S donné, (le tarot, la description des constellations, un hexagramme composé des combinaison des pile ou face d'une pièce de monnaie), la mise en correspondance de R et de S permettant à tout signe r de R de remonter à un évènement s appartenant à S.
Le choix d'une configuration spécifique appartenant à S
De même que tout individu a sa place dans l'univers des évènements potentiels, son thème a la sienne dans l'univers des signes divinatoires. Le problème est donc de définir la configuration signifiante qui permette de remonter à des évènements réels. Or c'est là que le bât blesse. En effet ce choix se fait au hasard. Il faut donc admettre que ce hasard n'en n'est pas un, puisque les configurations sont censées correspondre par miracle aux évènements réels. Par ailleurs il peut paraître inacceptable de voir notre existence dépendre d'un lancer de dés ou de la position des astres au moment de la naissance, à la minute près. Le fait que nous soyons nés une demi-heure avant peut changer le cours de notre existence !
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...où l'on précisera la pensée de Koestler,et où l'on établira de gênants parallèles avec la genèse du génome.
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Monday, 2 April 2007
Les désarrois de la citrouille masquée
La citrouille masquée est l'auteur (masqué) d'un commentaire sur la parapsychologie et sur ceux dont la démarche consiste à la soumettre au doute scientifique, les zététiciens. Il se pose les mêmes interrogations que Solaris, sur la proportion de croyances irrationnelles qui encombrent les articles et émissions sur le propos. Je crois avoir compris également que sont visés, outre les domaines classiques de la parapsychologie (télépathie, précognition, claivoyance, psychi cinèse) des banlieues mal famées habitées par les adeptes du marc de café, de la chirologie (le slignes de la main), de l'homéopathie, de l'acupuncture, de la phytothérapie, de l'envoûtement et de son cousin, l'hypnotisme, de l'astrologie,de la kinésiologie, de la graphologie, des tarots, de la cabale, et des grigris de mon gourou préféré.
Je me contenterai dans ce journal de présenter quelques perles savoureuses, de la part des partisans de ces pratiques divinatoires, de ceux qui s'en moquent. Je me réserve de répondre sérieusement aux boutades des sceptiques et essayer de découvrir ce qui relève de la simple ignorance et de la superstition, et ce qui est orienté par les forces invisibles d'un noeud sémantique.
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Sunday, 1 April 2007
Textures
Hier après-midi j'ai été invité au Concert de Valery Gergiev à la tête de sa phalange du London Symphony Orchestra, dans la Salle Pleyel rénovée. On devait à l'issue du concert donner la rosette de la Légion d'Honneur au chef international. Les oeuvres interprétées furent comme il se doit consacrées à un compositeur russe (Strawinsky avec la Symphonie d'instruments à vent et Le sacre du Printemps) et un compositeur français (Debussy avec Le prélude à l'après-midi d'un faune, et La mer). Gergiev à la tête d'un orchestre qui n'est pas le sien, l'a néanmoins fait sonner avec un splendeur et une cohérence légèrement supérieure, parait-il, aux performances réalisées avec celui du Mariinski de Saint Petersbourg. La Mer et Le Sacre, sont construits d'une manière opposée à la musique allemande de la même époque où règne la polyphonie et un sentiment exacerbé d'angoisse et de solitude. Les deux oeuvres sont formées de suites d'accords dissonants, construites par blocs sonore tantôt en rupture, tantôt en passage graduel de l'un à l'autre.
On peut légitimement comparer ces textures sonores formées d'agrégats superposés d'accords denses, conduites par une mélodie inexistante, et dépourvues totalement de signification autre que le resenti face à des dissonances barbares, cruelles et denses, accords d'accords, Vue de près la partition montre une extrordinaure recherche de couleurs sonores inédites d'une extrême délicatesse. De loin on l'appréhende comme un rythme barbare, entassant des blocs abrupts ou des nuances exquises entre accords. L'effet produit par la direction du grand chef russe, est sidérant, et parfois à la limite de la classe moyenne. Gergiev dirige sans baguette et l'acoustique de la salle rénovee amplifie le son jusqu'à l'étourdissement. On sort de là avec la même impression forte de retour à un monde barbare, d'avant notre civilisation, un monde traversé par la volupté et la cruauté, de la nature, des hommes et des rites. On peut comparer Strawinsky à Picasso et son Sacre aux Demoiselles d'Avignon. Debussy serait un Cezanne de la musique et remplaçant l'ancienne réthorique basée sur le développement axiomatique et le subjectivisme exacerbé du post-romantique, par la suppression de toute rhétorique. Les accords se frottent les uns aux autres, selon un processus informel. "les notes qui s'aiment"!
Si l'on pousse l'analogie, Schoenberg serait un Kandinsky musical, Berg, un Klee, nostalgique du temps passé.
Poisson d'avril
Il va de soi que le texte figurant dans le journal précédent, sont des canukars de premier avril. Les hommes politiques français tiendront compte - comme Reagan - de l'importance de diffuser la culture par l'exemple venu d'en haut, lorsque les poules auront des dents.
Enfin la culture démocratisée!
Les autorisations
Sur les vingt cinq artistes sélectionnés, vingt m'ont e-mailé leur accord. Enthousiasmés par l'idée de démocratiser leur oeuvre et de donner à ceux qui ne possedent pas les millions de dollars nécessaires pour se payer leurs oeuvres, ni d'ailleurs, les centaines de dollars exigés pour se procurer leurs monographies, ils m'ont remercié de contribuer à la diffusion auprès des classes moyennes et des internautes l'intérêt pour leur art.
Les prises de position des candidats
Ayant eu connaissance du blog " à haute densité culturelle" quatre candidats m'ont assuré de leur soutien s'ils étaient élus. François Bayrou avec l'appui des syndicats de l'Education Nationale, proposera un plan de formation qui tienne compte des arts plastiques du XXIeme siècle. L'art, dit-il est un puissant moyen de reconcilier toutes les tendances politiques dans une France divisée. Par mon passé d'enseignant, je suis le mieux placé pour le promouvoir auprès des jeunes.
Ségolène Royal a rappelé, que Jack Lang, un de ses supporters les plus fervents, a été le meilleur ministre de la culture que nous ayons connu. Il se fera fort de porter l'amour de l'art et de la fête dans les banlieues défavorisées. Il a créé la journée de la musique, ou chacun pouvait se défouler, et a plaidé pour un art franchement populaire en invitant Madonna au plus grand concert mondial situé à Paris.
Nicolas Sarkozy m'a assuré par l'intermédiaire de l'un de ses conseillers, que la formation artistique peut contribuer à apaiser les esprits et à détourner les banlieues de ses jeux barbares, pour se consacrer à des aménités culturelles douces, comme la musique classique, la gymnastique et les visites des musées. Il veillera à la promotion des arts et lettres dans nos écoles.
Monsieur Le Pen, pense aussi que la connaissance de notre patrimoine culturel national si riche, de nos cathédrales, nos châteaux, notre cuisine traditionnelle, et de notre artisanat renforcera notre identité nationale, à condition qu'on expulse de nos écoles et de nos musées, ces contorsions débiles qui prétendent au titre d'art et qui sont promues par les sectaires de la gauche avec la bénédiction de la droite. L'art apatride d'aujourd'hui est à l'image du déclin de notre pays. Favorisons les artistes de chez nous, barrons la route à la spéculation américaine, dit-il. Il aime aussi dans mon blog, que lui a indiqué un de mes anciens élèves; mon amour pour Mozart. Il aime aussi Mozart, mais pas Wagner.
Les autres candidats n'ont pas répondu. Je remercie d'autant plus les autres, bien plus prestigieux. Je voterai pour chacun d'eux en signe de reconnaissance!
Saturday, 31 March 2007
Le grain du génie (Suite)
Une visite au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
En me rapprochant d'un tableau de Braque de la période fauve, assez près pour soulever l'inquiétude du gardien, j'ai découvert une extraordinaire palette de teintes quasi miraculeuses, dont la combinaison d'une originalité stupéfiante changeait d'une touche à l'autre. Chaque centimètre carré dévoilait un tableau abstrait dont la richesse de coloris ne le cédait en rien aux plus subtiles aquarelles de Klee, aux toiles bibliques vibrantes d'une sourde luminescence intérieure, vitrail phorphorescent.
Dès que l'on s'éloignait, les diaprures disparaissaient, le paysage gagnait en unité, en naturel, il paraissait presque évident. D'une évidence aveuglante : passez, il n'y a rien à voir! C'est ce que faisaient les visiteurs après avoir lu d'un air distrait l'étiquette. Il ne faut pas croire qu'une telle richesse microscopique soit naturelle. Bien des peintures avoisinantes de maître célèbres : un Delaunay à droite, un Derain à gauche, n'avaient pas cette conjonction improbables de nuances antagonistes. Elles plaquaient des accords parfaits : des rouges avec des verts, des bleus et des jaunes. Les teintes étaient à la fois franches et uniformes dans leur "contraste simultané". Un équivalent me vient à l'esprit : la différence entre une étude de Chopin et une paraphrase de Liszt. Vues de loin, les gammes chromatiques descendantes semblent identiques : des fusées éblouissantes de tons adjacents qui de marche en marche descendent le spectre des tonalités. Mais prenez une loupe temporelle et jouez très, très lentement, les deux gammes descendantes. Bien que la ligne de crête soit identique (la gamme chromatique descendante) et c'est celle qu'on entend à première audition, chez Liszt, les notes intermédiaires sont d'une monotonie mécanique, alors que chez Chopin, elles sont d'une variété et d'une complexité confondantes. Ainsi que je l'ai écrit plus haut, tout va trop vite pour qu'on puisse entendre la différence, cela fait le même effet dans une salle de concert, mais quel travail pour le compositeur, l'interprète, le public attentif ! Cela en vaut-il la peine? On peut en dire autant des successions d'accords de Debussy d'une subtilité qui dépasse les possibilités d'analyse de l'oreille.
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Le grain du génie
Avant d'introduire le sujet de ce journal, un mot sur les
Statistiques du mois de mars

Dans une heure, ce petit blog aura deux mois. Le premier mois nous avons reçu 1712 visites. Ce qui porte le total à 6612 visites. Il est difficile de donner un sens à ces chiffres. Il me semble qu'il doit y avoir des aficionados qui suivent le blog quotidiennement dont une cinquantaine au Canada à moins que ce soit des noctambules. L'activité est en effet assez forte entre minuit et cinq heures du matin. La provenance est très dispersée : 4830 inconnus alors que brunolussato.com n'en draine que 465, google.fr 415, google.com, 107, google.ca et google.be, 28 chacun, google.ch 11. fr. wikipédia.org, 59, loiclemeur.com 40.
Les commentaires ont beaucoup augmenté comme vous pouvez le constater et sont assez vifs. Le nombre de visites par article augmente fortement avec le temps, et les fréquences sont assez réparties, ce qui montre que la variété du blog est justifiée. Bien entendu l'actualité politique attire des visiteurs, mais on peut en dire autant de sujets culturels souvent difficiles.
J'ai appris par hasard que plusieurs journalistes renommés consultent quotidiennement le blog, de même que des hommes politiques et des hommes de culture. Cela m'incite à continuer dans la voie de la "haute densité culturelle". Des amis m'ont fait remarquer que les commentaires sont généralement d'une haute qualité et montrent un intérêt soutenu pour des échanges sans compromission.
Après une nuit passée à défricher les quotidiens français, j'ai besoin de changer d'air! J'avoue que disséquer un tableau est plus enrichissant que d'analyser des médisances sur la vie privée de Nicolas Sarkozy, la fortune de Ségolène Royal ou les fraudes électorales de François Bayrou. C'est pourquoi, si vous restez sur ce journal je vous propose une réflexion récente sur le "grain du génie". Il s'agit de ce que l'on découvre en scrutant une oeuvre dans des détails presque invisibles à la première approche : touche de Bonnard ou de Rouault, transitions musicales subtiles, passages trop fugaces pour pouvoir être appréhendés en première écoute. Le grain de l'art, c'est ce qui fait la force du tableau, la beauté du son, c'est ce qui sépare l'original de la reproduction : les irrégularités invisibles, les microinformations.
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