Billets par Bruno Lussato
Monday, 26 March 2007
L'avocat du diable
On aura compris en lisant mes différentes notes sur l'affaire Battisti, que ma conviction était faite : Battisti est coupable, et ceux qui les soutiennent obéissent à des mobiles inavoués, ou sont tout simplement sous influence de Medusa. La thèse de la désinformation est d'autant plus fondée, qu'il ne s'agit pas là d'une conjonction d'invidus isolés exprimant leur intime conviction, mais d'une levée de boucliers massive et cohérente, influencée par des présupposés politiques (Battisti est un résistant, pas un criminel, c'est la droite berlusconienne qui lui en veut etc...) et utilisant toutes les ressources de la réduction de la dissonance cognitive.
Afin de ne pas tomber dans ce piège, nous devons utiliser le procédé de l'hypothèse nulle. Il consiste à ne relever que les faits admis par l'adversaire en faisant abstraction de ceux qui sont invoqués par les autorités. On considèrera donc comme nulles les conclusions des différents juges, italiens ou européens de même que leurs inférences. Nous relèverons alors, s'il y en a les contradictions internes et les invraisemblances entraînées par cette posture. L'inquisition italienne utilisait ce moyen de prévenir les fausses dénonciations et les vengeances. Ceux qui s'aviseraient de la critiquer feraient bien de se reporter aux règlements de compte après l'occupation, ou encore les méthodes expéditive de la Révolution Française, gardienne supposée des Droits de l'Homme!
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Sunday, 25 March 2007
L'affaire Battisti, l'Ouest et le "reste"
Une réactualisation de "Virus".
Mon dernier ouvrage Virus, huit leçons sur la désinformation, ménage une place importante à l'affaire Battisti (pp. 315, 351 à 335) en tant que cas exemplaire de désinformation. Deux camps s'opposaient, l'un regroupant les autorités judiciaires, non seulement italiennes ou françaises, mais aussi européennes comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme, s'appuyant sur une enquête approfondie et des arguments juridiques, l'autre rassemblant toute l'intelligentsia de gauche française, c'est à dire l'intelligentsia tout court, défendant avec enthousiasme le complice des criminels des Brigades rouges, ancien bandit échappé de prison reconverti dans le roman policier, et frappant d'opprobre les juges et les policiers.

Aujourd'hui la situation a évolué,le temps faisant son oeuvre. L'ouvrage de Guillaume Perrault "Génération Battisti", Plon, 2005, loué avec enthousiasme par Marianne, a ridiculisé les intellectuels de gauche, tous regroupés autour du "héros" révolutionnaire. La gauche elle-même subit une fracture. Les uns très gênés n'osent se compromettre
de peur de défendre une cause perdue. Plus important est le fait que lorsque Berlusconi était au pouvoir, on pouvait stigmatiser le jugement à perpétuité du héros résistant, comme étant influencé par le valet del'impérialisme, comme on stigmatise aujourd'hui Sarkozy. Mais on ne peut soutenir la même position s'agissant de Prodi! Par ailleurs, on se doute bien que n'importe quel président de la France, serait bien obligé de se ranger à la raison, sous peine de se mettre à dos l'Europe, ce qu'a fort bien compris Segolène Royale qui s'est bien gardée de s'avancer dans ce terrain mouvant, démentant même d'avoir déjeuné avec Vargas. Paradoxalement, c'est François Bayrou qui a adopté une position alignée sur la gauche intellectuelle fustigée par Guillaume Perrault. (A ne pas confondre avec Gilles Perrault, partisan inconditionnel de Battisti). Le paradoxe se dénoue lorsqu'on considère la tendance "Force de la Terre" de Royal, partisane de l'ordre, de la famille, de la sécurité, et évitant de soutenir l'élite gauche caviar, et la culture universitaire et SNE SUP de Bayrou, très marqué par Medusa.
Ci dessous, une analyse de la désinformation soulevée par la conjonction entre le fait européen et l'idéologie gauchiste Medusa, en pleine campagne électorale. On y remarque la même opposition déjà signalée par Skuton entre la position occidentale fondée sur la raison et le compromis (celle des adversaires de Battisti) et celle du "reste" du monde, obéissant à des postulats religieux ou idéologiques infalsifiables, tels que le fait pour le complice d'une bande de criminels devient un héros et une victime, dès lors qu'il est d'extrême gauche, et par conséquent au delà de la loi des hommes. C'est exactement la position du dogmatisme religieux, que de se situer en marge du politique tout en le dominant et en contestant les lois de sa justice.
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Nouvelles du blog
J'ai reçu des commentaires très favorables à propos de mon article paru dans le Figaro Magazine d'hier, que l'on a crédité d'un style léger et plein d'humour. Ces qualité n'étant pas mon fort, je me suis précipité dans un kiosque et j'ai constaté que bien que Monsieur Patrice de Méritens ait préservé l'essentiel des idées de Virus, il les a remarquablement condensées et ajouté une verve et une finesse qui n'appartiennent qu'à lui. Son article contient de l'information ajoutée qui l'améliore considérablement et j'envie son talent tout en lui témognant ma gratitude. J'ai presque envie de relire mon ouvrage!
Le nombre de visiteurs a atteint son chiffre le plus élevé : 248, et ce mois-ci 3751 inconnus ont visité le blog, contre 1712 le mois dernier. A propos des étrangers qui m'écriraient en allemand, en anglais ou en italien, je me ferai un devoir de leur répondre dans leur langue, tout en traduisant l'essentiel de leurs commentaires.
Klee, le rythme des arbres
La reproduction de la plaquette sur cette oeuvre exceptionnellement dense, a été arrêtée pour des problèmes d'alignement. Emmanuel Dyan me les a résolu, au prix de quelques sophistications supplémentaires qui portent à plus de 20 le nombre de manipulations nécessaires pour scanner chaque image. J'ai tenu à tout faire moi-même car la routine est sainte, et c'est le seul moyen de connaître d'une manière tactile l'esprit d'un logiciel.
Vous pourrez consulter la deuxième partie de l'analyse, qui présente un exemple extraordinaire de fusion du Yin et du Yang, dialectique féconde des contraires prônée par Paul Klee. Il aurait peut-être voté pour François Bayrou!
A propos du candidat centriste, des visiteurs m'ont téléphoné pour avoir une reproduction de la lettre analysée, suspectant une désinformation de ma part. Vous la trouverez à la suite de ce journal.
La main et le logiciel
Un de mes amis, dirigeant d'une grande entreprise multinationale, me montra voici quelques mois le nouveau logo qu'avait pondu une équipe de jeunes créatifs, équipés de logiciels extrêmement sophistiqués. Dès le premier coup d'oeil, je fus choqué par des erreurs flagrantes de proportion et d'équilibre dans les lettres. Nul ne s'en était aperçu, mais une fois reconnues, on les voyait comme le nez au milieu du visage. Je suggérai à mon ami de consulter Claude Mediavilla, qui préside l'association de mon musée de l'écriture. C'est un des plus grands calligraphes mondiaux et il confirma mon intuition. Il revint avec le projet corrigé. Conclusion : rien en vaut la pratique de la main et de la discipline du contrôle du tracé, digne des arts martiaux. Les japonais n'identifient-ils pas le sabre au pinceau? Mais par ailleurs, il nous montra une extraordinaire variété de formes surprenantes et d'une imagination confondantes. Cet homme, sérieux, sévère et obsédé par l'idée de perfection ressemble plus à un mathématicien ou à un compositeur de musique classique, qu'à un de ces jeunes echevelés toujours à la pointe de la mode. Il est vrai qu'il n'est pas un créatif, il est un créateur.
Le champion du consensuel
Vous trouverez la reproduction de sa lettre à la suite de ce journal.
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Saturday, 24 March 2007
Saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons
Une réponse aux commentaires de M.Sauvage à propos du consensuel.
J'ai répondu in-extenso aux critiques de M.Sauvage. En résumant sa position, il me reproche de ne pas apprécier le consensuel qui selon lui est quelque chose de positif, de projeter mes convictions sur les propos du candidat centriste, et enfin il affirme qu'étant politiquement proche, en bon chrétien de Gandhi, du Dalaï Lama et de Mandela, il votera pour François Bayrou. Je lui ai promis de lui raconter l'argument d'un lied de Gustav MAhler : Saint Antoine prêchant aux poissons.
Tout d'abord des réponses succinctes pour éclairer le lied:
1. Le consensuel c'est le discours du Pape (ou du président d'une République bananière), condamnant sévèrement la décapitation d'un otage par des terroristes. On peut réagir à ces discours consensuels par "c'est admirable", ou par "And so What?".
2. Tous savent que ce genre de discours n'engagent que ceux qui y croient. Une fois élu, chacun va son chemin. Lorsque je dis tous, j'exclus beaucoup de gens très intelligents ou qui se croient tels.
3. M.Bayrou, qui a juste titre se garde bien de mélanger le discours politique avec les actes de foi, serait bien étonner de lire ces commentaires. On peut admirer certes Gandhi, come Jesus Christ, mais lorsqu'on voit les conséquences de leur prêche, du régime des castes toujours aussi vivace en Inde, et les horreurs des croisades et de l'inquisition, je préfère confier le soin des affaires temporelles aux politiques.
4. On peut toujours rêver de concilier le loup et l'agneau. Cela était possible dans le jardin d'Eden. Il est vrai que la foi soulève des montagnes, et M.Sauvage, comme Gandhi et le Dalaï Lama a la foi. Mais les rêves finissent toujours par déboucher sur des cauchemars. Le destin de Wilson et de Roosevelt, nous l'ont appris. La croyance dans la possibilité de concilier des iédologues et des liberaux a enfanté deux guerres mondiales et l'oppression stalinienne.
Après ce préambule voici l'argument de notre lied.
Un dimanche matin, Saint Antoine se rendit à la rivière et fit un sermon à ses habitants. Il reprocha aux carpes leur lascivité, aux anguilles leur conduite sinueuse, aux crabes leur démarche rétrograde. Et les habitants écoutaient bouche bée. "Ah quel beau sermon, dirent-ils, ce saint homme mérite vraiment de devenir le président de notre royaume". Et ils s'en furent enchantés. Les carpes continuèrent de forniquer, les anguilles d'intriguer et les crabes de marcher à reculons. Ah, le beau sermon! "
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A propos du Ring de Robert Wilson
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Le Ring de Richard Wagner raconté par Robert Wilson
et par Cristoph Eischenbach
La Tétralogie de l'anneau du Nibelung, (Der Ring des Nibelungen) appelée communément Le Ring, est certainement l'oeuvre dramatique la plus complexe qui ait été créée, non seulement par ses dimensions, supérieures à la plus ambitieuse production de Hollywood qui s'en inspire (Starwars) mais par une complexité jusqu'ici inconnue et qui se manifeste à tous les niveaux de lecture de la partition : le microcosme aussi fin et détaillé qu'un livre d'heures médiéval, le macrocosme, digne par son ampleur de la Chapelle Sixtine. Ce qui frappe dans cet immense édifice, est la cohérence non seulement de chaque niveau mais aussi des niveaux entre eux qui forment un contrepoint de sons, d'images, et de mots, d'une extrême subtilité.
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Friday, 23 March 2007
Histoire d'un sauvetage : l'enregistrement du Ring par Bob Wilson et Christoph Eschenbach.
Je viens de recevoir l'enregistrement du dernier Ring représenté au Theâtre du Châtelet à Paris. 11 DVD tirés à quatre exemplaires, donc rigoureusement confidentiels, fixent pour la postérité une des visions les plus originales de ce drame musical, impossible à monter conformément aux intentions du compositeur.
Cette production offre matière à réflexion, sur la désinformation dont est victime l'oeuvre dramatique la plus ambitieuse de tous les temps : quinze heures de spectacle d'une densité inouïe et faisant appel à toutes les ressources multimédia disponibles... et à celles encore à inventer.
Parmi l'immense majorité des mises en scène contemporaines du chef d'oeuvre de Richard Wagner, celle de Bob Wilson est l'une des plus audacieuses, déroutant même les spectateurs habitués aux outrances de Lenhoff à Munich ou de Kupfer à Bayreuth. C'est que la conception de Wilson semble - est -aux antipodes de la logique interne de l'oeuvre. Elle est statique, s'inspirant du Nô japonais, réduisant les personnage à des figures stéréotypées de tarot.
Ceux qui connaissent ma répugnance pour la déformation des oeuvres d'art, que j'apparente à la désinformation du public lorsqu'elle devient le culturellement correct, se sont étonnés de l'enthousiasme dont j'ai fait preuve pendant les répétitions et les représentations. J'espère que mes explications dissiperont ce paradoxe. Je me réfèrerai pour l'illustrer à une création presque contemporaine, le Tristan de Bill Viola, donné à l'Opéra Bastille, et accueilli avec le même scepticisme de la part des wagnériens.
L'attention du public est constamment attirée par l'écran géant qui occupe la plus grande partie de l'écran. La scène "réelle" mise en scène par le plus iconoclaste des metteurs en scène : Peter Sellars, est aussi statique et japonisante que celle de Wilson, laissant libre champ à la fantasmagorie virtuelle.
Or les images de Viola forment un contrepoint parfois dissonant avec le texte et les indications scéniques. Pendant le duo d'amour, Isolde allume des bougies dans une sorte d'oratoire. On assiste à des rites initiatiques étrangers à l'esprit apparent de l'oeuvre.
Pourtant, cette représentation, dirigée avec ferveur par Valery Gergiev, a été l'expérience la plus bouleversante que j'ai jamais vécue à l'Opéra, avec le Ring du centenaire. Pourquoi un tel enthousiasme pour une interprétation "désinformée"? C'est tout
simplement que les "bruits" introduits pas le plus grand des vidéastes, sont de la qualité plastique la plus élevée. Le Tristan Project est sans doute le chef d'oeuvre de l'artiste. Cinq heures de création plastique ininterrompue, est une performance dépassant les cadres du genre. C'est donc en amateur de l'Art plastique de notre époque que j'ai accueilli l'oeuvre et non en tant que wagnérien ou amateur d'opéras. Le Tristan de Viola est une oeuvre d'un genre nouveau, issue de la conjonction d'une installation grandiose et émouvante et d'un accompagnement musical qui lui donne vie et qui l'a inspirée. La relation entre image vidéo et drame wagnerien, n'est pas de l'ordre de la dénotation explicite, mais de la connotation, de la réverbération. Autant les critiques musicaux peuvent critiquer le Tristan de Wagner accompagné des images de Viola, autant les amateurs d'Art Contemporain sont fondés à adhérer sans réserve à l'installation de Viola accompagnée par la musique de Wagner et commentant librement ses résonances les plus précieuses.
C'est dans cette optique qu'il faut à mon sens apprécier le Ring de Wilson, accompagné par la musique de Wagner, avec la différence que les images wilsoniennes sont abstraites et plus proches du minimalisme abstrait que de l'imagerie ésotérique de Viola.
Continuer à lire "Le Ring de Wagner vu par Wilson. L'enregistrement privé."
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