Wednesday, 28 March 2007
Violences à la gare du Nord
Un incident prévisible
Cela ne s'est pas fait attendre. Pour fêter le nouveau ministre de l'Intérieur, une émeute provoquée par ce qu'il est convenu d'appeler des jeunes, a eu comme point de départ le geste malencontreux d'agents de la RATP, qui se sont avisés de vouloir interpeller énergiquement un jeune qui sautait le portillon, et devenus brutaux après que le contrevenant au lieu d'obtempérer leur lança un coup de tête.
On me pardonnera de me répéter, mais je n'ai pas à porter de jugements sur les évènements, ni sur ceux que l'on accuse de las favoriser : Sarko-facho, la gauche, le chômage et le chien de ma logeuse. Je me pencherai sur les distorsions volontaires que subit l'information-source (ici la dépèche de l'AFP) lorsqu'elle parvient aux grands quotidiens. Je montrerai également que l'information-source elle même, bien que se voulant objective et sèchement factuelle, est elle-même un "objet désinformé", au sens que j'attribuai dans mon journal d'hier aux faux artistiques. Enfin, puisque j'ai établi une passerelle avec les arts plastiques, pourquoi pas la musique? Une surprise vous attend si vous continuez à lire ce journal
Un reproche qui m'a été fait, est le manque d'images. C'est que je n'ai pas encore résolu le problème des droits. Et puis, montrer des echaffourées avec des "jeunes" armés de barre de fer, quel intérêt? Cela traîne partout. Si au moins j'avais eu la chance de filmer ce jeune en colère en train de lancer du premier étage une jardinière sur les policiers, c'eut été un scoop. Mais je n'étais pas là, et puis... le projectile a manqué son but!
Continuer à lire "Le journal du 29 mars 2007"
Un art suprême de la désinformation : la désinformation dans l'art
Ce que j'entends par cette formule tarabiscotée à la Edgar Morin (la nature de la culture, la culture de la nature etc...) va au delà des malentendus intentionnels qui empoisonnent la perception de l'oeuvre d'art. On aborde ici le cas où c'est l'oeuvre elle même qui est source de désinformation. Une désinformation faite peinture, statue, objet, interprétation, qu'est-ce donc? Un faux tout bonnement. Un tableau de Van Meegeren qui prétend être un Vermeer, véhicule une fausse information sur son origine et met à l'épreuve notre aptitude à juger de la qualité, voire du génie du peintre.
La notion de faux est donc une pierre de touche, comparable au test dit de commutation utilisé par les théoriciens de l'information. Il consiste à altérer un texte et de noter à quel niveau de dégradation il devient illisible. Dans le cas du faux, il s'agit d'évaluer à partir de quel nombre d'altérations, et de quelle gravité, on s'aperçoit de la supercherie. L'histoire a montré la jobardise des érudits les plus renommés, et le procédé peu glorieux qui permet de déceler un faux, non pas par l'analyse stylistique, mais par des analyses chimiques ou des recherches d'archives, étaye le soupçon d'arbitraire et de suggestion. Selon qu'on trouve ou non des traces de tel composant chimique, l'oeuvre d'art est déclarée authentique, donc géniale, ou factice, donc nulle.
Ce qui est particulièrement dérangeant est donc la chute de statut d'un tableau ou d'une sculpture, dès que l'analyse a démontré leur inauthenticité. En quoi une preuve scientifique même fondée, fait-elle qu'une oeuvre descende de la galerie d'honneur d'un musée, au deuxième sous-sol d'un entrepôt obscur? Si l'admiration que nous portons à l'oeuvre est compromise par une investigation extérieure à son essence, telle que l'expertise de la signature, ou la présence d'un pigment qui ne devrait pas s'y trouver, elle est bien superficielle. D'ailleurs, examinez les visiteurs dans les musées : il regardent l'étiquette avant le tableau, pour savoir s'il vaut la peine qu'on s'y attarde.
Les chinois ont une conception beaucoup plus saine de la qualité d'un tableau, à mon sens. Ils estiment que si la copie est aussi parfaite que la source originale, elle doit avoir la même valeur. Le corollaire est qu'on a l'oeuvre qu'on mérite. Si notre jugement nous fait prendre une oeuvre médiocre pour un chef d'oeuvre, et que nous le payons en conséquence, pourquoi nous plaindre si nous en retirons le même plaisir?
Il peut arriver d'ailleurs que le faux soit supérieur à l'original. C'est le cas du faux marbre romain découvert à Florence. Le faussaire était Michel-Ange! Berlioz lui-même a composé une fausse oeuvre de la Renaissance : L'enfance du Christ. Qui songerait à le regretter?
Ce qui est vrai pour le jugement sur l'oeuvre plastique est valable aussi pour l'interprétation de la musique. Nous allons examiner dans la suite de ce journal des exemples de première main qui intéresseront le visiteur curieux.
Auparavant je signale que l'analyse de l'affaire Battisti est terminée. En conclusion j'essaie de me faire l'avocat du diable et d'accepter la thèse des partisans de l'ex-terroriste. Le résultat peut surprendre.
Continuer à lire "Le journal du 28 mars 2007"
Tuesday, 27 March 2007
Comme promis à Guillaume, voici une traduction de la chat room entre italiens qui vient de prendre vie recemment.
1
Bonjour, professeur! Je vous félicite avant tout pour votre blog qui commence à vivre, à se diffuser et à assumer les contours d'une passion (et non seulement logique-rhétorique), bataille politique qui ne peut que nous faire plaisir à nous autres italiens. Aujourd'hui j'ai envide de m'appeler it.alien (oui, avec le point) parce que, au fond je me sens comme un alien extraterrestre débarqué sur une autre planète (bien que je vive désormais en France depuis plusieurs années) et en tant que tel je voudrais être considéré. Les accusations de manipulation qu'on vous adresse me font un peu sourire; elles me font penser à la vieille anecdote de ceux qui regardent le doigt au lieu de la lune... Peut-être pour nous rafraîchir la mémoire il serait bon de tous nous souvenir des travaux de Getano Mosca (1851-1941) l'inventeur du concept de "classe dirigeante". Si je me souviens bien, Mosca soutenait que la classe politique est une classe (ou plutôt une "caste") autoréplicante et auto suffisante, qui pour maintenir son propre pouvoir manipule le "peuple" par le truchement de paroles et de concepts chés à haute résonance émotionnelle. Exemple : en France il suffit de sortir du chapeau "citoyen", "laïcité", pour mettre d'accord tout le monde dans un consensus autour du "juste". En définitive, il suffit de si peu pour tromper un peuple( une masse?) et faire croire à tous que le père Noël existe. Vive la République!
2
Oui c'est vrai, cela. Gaetano Mosca, grand politologue sicilien, initiateur de l'école italienne des "sciences politiques des élites", parlait d'une Classe dirigeante, pourtant point nécessairement négative, pais pourtant il expliquait qu'une "minorité organisée" commande une majorité désorganisée. Je précise cher Professeur que je ne vous crois pas "manipulateur", mais je vous énonçais l'observation classique exprimée par toute personne qui lit n'importe quel discours sur la manipulation. Une observation classique, permanente et naturelle, car c'est également vrai que souvent le plus grand manipulateur est celui dénonce et nalyse la manipulation, en prétendant à une "objectivité" absolue.
3
Merci de ton (nous nous tutoyons?) intervention en italien, Alexandre. Nous donnons au blog une dimension internationale et ceci ne peut qu'être intéressant. Je voulais constater simplement le fait que certaines valeurs ne sont absolument pas universelles, comme on le croit souvent en France (République, citoyen, laïcité). Pour te donner un exemple, je ne me considère pas citoyen d'un Pays-Nation mais seulement de ma cité, j'ai de la sympathie pour les monarchies européennes et je trouve que le "laïcisme" est une religion comme une autre (et même pas la meilleure).
Monday, 26 March 2007
Manipulations
Enfin ce blog commence à vivre! Une pianiste (canadienne, je crois) relève des imprécisions dans ma critique du jeu de Kempff, un de mes anciens élèves M.Sauvage m'accuse d'être un maître manipulateur, M. Del Valle après avoir posté pas mal de commentaires découvre dans mon décodage, une dérive anti-Bayrou. Alexandre de Lisle en rajoute et de nombreuses personnalités, journalistes, collègues, et professionnels de toute discipline me téléphonent. Leur critiques et leurs remarques sont un aliment puissant pour ce "salon culturel" et le font évoluer, ceci étant dit sans démagogie.
Tout d'abord, quelques visiteurs ont du mal à s'orienter dans le blog, comme moi-même au début. Ils ne comprennent pas que les billets les plus récents viennent en premier, ce qui fait que la suite d'un texte figure devant le texte lui-même. Puis, il existe une discordance entre le titre "journal du 3 mars" et la mention qui le surmonte qui peut être le 4 mars. C'est dû au fait que l'article a été rédigé le 3 mars à minuit, et envoyé le 4 mars à une heure. Je lance ces chiffres en l'air, à titre d'exemple.
Beaucoup de visiteurs qui postent des commentaires, se heurtent, en dépit de leurs efforts, à des barrages anti-spam.Si des blogueurs peuvent leur dire dans un commentaire, quelles précaution prendre pour prévenir cet agaçant contretemps, ils seront chaudement remerciés.
Concernant le fond du problème, je vous adresse au premier chapitre de Virus traitant de la désinformation que propagent les professionnels de la lutte contre la désinformation. Dire que mes propos sont biaisés, est une évidence.
Continuer à lire "Le journal du 27 mars 2007"
L'avocat du diable
On aura compris en lisant mes différentes notes sur l'affaire Battisti, que ma conviction était faite : Battisti est coupable, et ceux qui les soutiennent obéissent à des mobiles inavoués, ou sont tout simplement sous influence de Medusa. La thèse de la désinformation est d'autant plus fondée, qu'il ne s'agit pas là d'une conjonction d'invidus isolés exprimant leur intime conviction, mais d'une levée de boucliers massive et cohérente, influencée par des présupposés politiques (Battisti est un résistant, pas un criminel, c'est la droite berlusconienne qui lui en veut etc...) et utilisant toutes les ressources de la réduction de la dissonance cognitive.
Afin de ne pas tomber dans ce piège, nous devons utiliser le procédé de l'hypothèse nulle. Il consiste à ne relever que les faits admis par l'adversaire en faisant abstraction de ceux qui sont invoqués par les autorités. On considèrera donc comme nulles les conclusions des différents juges, italiens ou européens de même que leurs inférences. Nous relèverons alors, s'il y en a les contradictions internes et les invraisemblances entraînées par cette posture. L'inquisition italienne utilisait ce moyen de prévenir les fausses dénonciations et les vengeances. Ceux qui s'aviseraient de la critiquer feraient bien de se reporter aux règlements de compte après l'occupation, ou encore les méthodes expéditive de la Révolution Française, gardienne supposée des Droits de l'Homme!
Continuer à lire "L'affaire Battisti II"
Sunday, 25 March 2007
L'affaire Battisti, l'Ouest et le "reste"
Une réactualisation de "Virus".
Mon dernier ouvrage Virus, huit leçons sur la désinformation, ménage une place importante à l'affaire Battisti (pp. 315, 351 à 335) en tant que cas exemplaire de désinformation. Deux camps s'opposaient, l'un regroupant les autorités judiciaires, non seulement italiennes ou françaises, mais aussi européennes comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme, s'appuyant sur une enquête approfondie et des arguments juridiques, l'autre rassemblant toute l'intelligentsia de gauche française, c'est à dire l'intelligentsia tout court, défendant avec enthousiasme le complice des criminels des Brigades rouges, ancien bandit échappé de prison reconverti dans le roman policier, et frappant d'opprobre les juges et les policiers.

Aujourd'hui la situation a évolué,le temps faisant son oeuvre. L'ouvrage de Guillaume Perrault "Génération Battisti", Plon, 2005, loué avec enthousiasme par Marianne, a ridiculisé les intellectuels de gauche, tous regroupés autour du "héros" révolutionnaire. La gauche elle-même subit une fracture. Les uns très gênés n'osent se compromettre
de peur de défendre une cause perdue. Plus important est le fait que lorsque Berlusconi était au pouvoir, on pouvait stigmatiser le jugement à perpétuité du héros résistant, comme étant influencé par le valet del'impérialisme, comme on stigmatise aujourd'hui Sarkozy. Mais on ne peut soutenir la même position s'agissant de Prodi! Par ailleurs, on se doute bien que n'importe quel président de la France, serait bien obligé de se ranger à la raison, sous peine de se mettre à dos l'Europe, ce qu'a fort bien compris Segolène Royale qui s'est bien gardée de s'avancer dans ce terrain mouvant, démentant même d'avoir déjeuné avec Vargas. Paradoxalement, c'est François Bayrou qui a adopté une position alignée sur la gauche intellectuelle fustigée par Guillaume Perrault. (A ne pas confondre avec Gilles Perrault, partisan inconditionnel de Battisti). Le paradoxe se dénoue lorsqu'on considère la tendance "Force de la Terre" de Royal, partisane de l'ordre, de la famille, de la sécurité, et évitant de soutenir l'élite gauche caviar, et la culture universitaire et SNE SUP de Bayrou, très marqué par Medusa.
Ci dessous, une analyse de la désinformation soulevée par la conjonction entre le fait européen et l'idéologie gauchiste Medusa, en pleine campagne électorale. On y remarque la même opposition déjà signalée par Skuton entre la position occidentale fondée sur la raison et le compromis (celle des adversaires de Battisti) et celle du "reste" du monde, obéissant à des postulats religieux ou idéologiques infalsifiables, tels que le fait pour le complice d'une bande de criminels devient un héros et une victime, dès lors qu'il est d'extrême gauche, et par conséquent au delà de la loi des hommes. C'est exactement la position du dogmatisme religieux, que de se situer en marge du politique tout en le dominant et en contestant les lois de sa justice.
Continuer à lire "Le Journal du 26 mars 2007"
|
Commentaires