Billets par Bruno Lussato
Tuesday, 28 August 2007
En attendant de rencontrer Bill Viola
Tristan, Bill Viola et la physique quantique
Bill Viola est certainement un des artistes majeurs de notre siècle, au délà même de la spécialité où il est considéré le plus grand (avec peut-être Bruce Neumann). Marina Fédier et moi, nous devons dîner le 5 Septembre 2007 avec lui et Valery Gergiev, à Rotterdam, et peut-être un de mes amis, principal sponsor de New Wave et un des dirigeants les plus occupés de la planète, se joindra-t-il à nous. Le but est notamment de lui presenter le Siegfried Project(cliquez ici ►♦♦)
Etant plus attiré par les arts plastiques que par la musique qu'il apprécie par ailleurs, ayant déjà acquis une installation tirée du Tristan project, il ne connaît cependant pas assez Tristan et Isolde pour pouvoir apprécier pleinement le travail de Viola. C'est d'ailleurs le cas de la plupart des amateurs d'opéra qui ont vu le spectacle à Paris sans y avoir compris grand chose, je le crains. Et même si, à l'instar des wagnériens fanatiques, mon ami, avait vu plusieurs fois le plus célèbre drame musical du XIXe siècle, cela ne lui aurait pas davantage ouvert un accès à la vision d'un extrême raffinement de l'artiste.
Ce billet reflète un dialogue entre moi-même et Marina Fédier qui me semble particulièrement fécond car il a pu ajouter aux multitudes d'interprétations qui encombrent les monographies sur Tristan , une version synthétique pertinente et, ce me semble, conforme à la vision de Bill Viola. Je vais donc raconter d'une manière très concise à l'intention de notre sponsor, et de tous les curieux, la trame du scénario, éclairé par l'éclairage nouveau projeté par deux billets de Marina : l'être essentiel, l'âme soeur. (Cliquez sur ►♦♦ ). C'est le résultat de notre première collaboration et j'espère que vous la trouverez fructueuse.
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Monday, 27 August 2007
Impertinences
Discrimination positive
A propos du professeur de Math qui a dû faire des excuses à un noir originaire de l'Angola, et a été condamné à de lourdes peines pour ses propos racistes inadmissibles qui ont gravement humilié le jeune homme (bamboula, mangeur de bananes etc). Devant l'importance nationale de ces actes réitérés de racisme verbal, le Président de la République, lui-même, a consacré un quart d'heure de son temps précieux à recevoir le jeune homme et son père, et les assurer de sa sympathie. Il a ajouté aussi que de même qu'il sanctionnerait la pagaille et l'indiscipline dans les salles de classe, il sanctionnerait de la même façon les violences verbales des professeurs. Dont acte.
Mais il y a un problème, et on le connaît. Celui causé par la dissymétrie (deux poids, deux mesures) et par les contradictions internes de l'affaire, puissants révélateurs de la proximité d'un noeud sémantique. En effet, si le Président de la République avait consenti à écouté le professeur, il eût appris des faits intéressants. Entre autres que la malheureuse victime des paroles mal placées du prof, chantait, dansait en classe, mettait les professeurs hors d'état de faire leurs cours et, cerise dans le gateau, provoqué une dépression sérieuse chez un des professeurs. Dans n'importe quel établissement de n'importe quel pays, ce vaurien eût été viré après trois avertissements, et si cela avait été le cas, l'affaire n'aurait jamais eu lieu.
Conclusion, il serait juste que les victimes de ce "jeune", portent plainte, et qu'elles soient reçues par le président de la République. Le prof. irrespectueux et insultant pourrait également purger sa peine de conserve avec sa victime-bourreau non moins insultant. Mais cela laisserait supposer que tous les français sont égaux. Or apparemment, certains le sont plus que d'autres. Je vous laisse le soin de deviner lesquels.
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Profession : assisté maître-chanteur
Comment on assassine une très petite entreprise
avec la complicité des prud'hommes, des juges et syndicats.
Le cas de Joseph M.
Le comptable d’une très petite entreprise artisanale, appelons-le Joseph, occupe un logement de fonction situé dans les locaux de la firme. Il ne l’occupe pas, car il vit avec une concubine, mais ses trois enfants vont à l’école non loin de là et peuvent se faire la cuisine dans ce logement, bien qu’ils dorment chez leur mère.
Ce logement est nécessaire à la fonction de comptable dans cette entreprise car on ne trouve pas d’appartements à louer dans la région. Joseph suivant l’exemple d’un copain suit les conseils d’un avocat avec qui il joue au billard. Celui-ci lui conseille de se faire porter malade. Joseph essaie de négocier son départ pour une somme de 42000 euros alors qu’il n’a qu’une ancienneté de trois ans. Il réclame des centaines d’heures de supplément, heures parfaitement imaginaires. Devant le refus du patron de payer une telle somme, il se fait mettre en arrêt de maladie pour dépression et se soigne au Xanax. La dépression est due au refus du patron de payer. L’arrêt de travail signé par un médecin inconnu, est envoyé en recommandée, de trois semaines en trois semaines, sans aucune mention expliquant et justifiant l’absence. Au bout des trois mois, les conséquences sont dramatiques : on ne peut recruter faute de logement, ni même créer un emploi supplémentaire.
Au bout de six mois, l’employeur se trouve contraint de renvoyer Joseph pour recruter un autre comptable, mais encore faut-il qu’il libère le local conformément à la loi. Mais deux mois après, aucune suite n’est donnée à la demande d’expulsion. Enfin en Juin, un juge nommé dans une procédure d’urgence, convoque les parties. Preuve est faite, que Joseph, le prétendu malade, n’est jamais dans son logement de fonction, qu’il n’occupe pas mais dont il se sert comme moyen de chantage. Il passe son temps dans les bistrots, chez sa concubine, touche ses allocations chômage à quoi s’ajoute un emploi de chauffeur pour un émir arabe. Des huissiers constatent l’absence du logement resté vacant, et la présence de Joseph dans des lieux de divertissement et de travail. Ajoutons à cela, que Joseph refuse de transmettre à son employeur le moindre renseignement sur l’emplacement des documents qu’il a laissé volontairement dans le plus grand désordre. Par-dessus le marché, il a subtilisé des documents confidentiels.
Le juge admet que Joseph doit être expulsé du lieu et donne un arrêté en ce sens. Mais au motif qu’il est un « débiteur malheureux » il autorise Joseph a rester sur les lieux jusqu’au mois d’octobre. Or le Juge, comme Joseph, savent pertinemment qu’il faut un bon mois pour rendre effective l’expulsion et qu’on tombe alors en Novembre, date à laquelle on ne pourra la réaliser car on se trouve dans les mois d’hiver. Ce n’est qu’en Avril au plus tôt qu’aura lieu la libération du local, soit plus d’un an, pendant laquelle l’employeur payera le gaz, l’électricité et les impôts divers.
Une tel arrêté, rend impossible la poursuite de l’activité de l’employeur et Joseph le sait. En plus il attaque devant les prud’hommes pour des heures supplémentaires ridicules, qu’il aurait effectués pendant deux ans et demi et qu’il réclame soudain. On lui a appris que la charge de la preuve repose sur l’employeur et qu’il faut que celui-ci prouve que Joseph n’était pas au bureau la nuit, ou le Dimanche, ce qui est naturellement impossible. Conclusion : l’employeur a dû céder au cours d’une transaction. Joseph réclamait 50.000 euros d’heures supplémentaires, et une indemnité de 25.000 euros pour quitter son logement de fonction. L’employeur a transigé à 50.000 euros au total. Or les autres employés voyant le pactole ainsi récolté par leur copain, ont été voir son avocat et copié une manipulation imparable, en l‘agrémentant pour faire bonne mesure, d’accusations de racisme, de harcèlement, de travail au noir. Mieux encore, ils ont proféré des menaces de mort envers l’employeur, ont enregistré illégalement ses conversations téléphoniques pour les envoyer sur le net, sans d’ailleurs s’en cacher, subtilisé des documents confidentiels appartenant aux clients de l’entreprise.
L’employeur a déposé plainte plusieurs fois devant le commissariat, qui a fini par donner raison aux employés, refusant de recevoir les pièces à conviction comme les enregistrements illégaux, au motif qu’ils étaient trois contre un. Mieux encore, un des employés a déclaré que si on ne le licenciait pas avec un pactole de l’ordre de 20 000 euros, il se mettrait indéfiniment en arrêt maladie. L’employeur qui demanda au policier, d’enregistrer ce propos sur le procès verbal, contraire à la loi, se vit opposer un refus. Faut-il ajouter que les preuves d’huissier prouvant la parfaite santé et le travail au noir des prétendus malades, furent adressées à la Sécurité Sociale qui les refusa au motif, que ce n’était pas à un particulier de décider des contrôles et que seule l’administration était habilitée à faire des contrôles quand elle jugerait bon et où elle le jugerait bon, et qu’elle n’avait pas à tenir compte de documents d’huissier qui n’avaient aucune valeur.
Conclusion : la très petite entreprise est en difficulté.
Le logement de fonction reste vacant car le propriétaire a peur de le louer et de recommencer la même aventure. Il va sans doute liquider son activité et ne plus recruter des employés qui risquent de se révéler des ennemis rémunérés, assistés par la législation et assurés de l’impunité par la justice de classe.
Sunday, 26 August 2007
Après le vide, le trop plein
L'actualité du futur
Les sujets abordés.
L'actualité s'est chargée de démentir mon journal d'hier. Cataclysmes en Grèce succédant à ceux en Martinique, le feu et l'eau, la confirmation d'un des freins les plus puissants à la prospérité: un tiers de la France freine ceux qui veulent accélerer, "profession assisté" semble être leur devise, le couple complémentaire patron-voyou, employé-vouyou-faux chômeur voyou alimente la pompe à déchéance, aidé par des syndicalistes-voyous et des juges-voyous, des mesures sont nécessaires pour endiguer les abus. Ajoutons la menace que fait peser une Russie hostile et incontrôlable à une Europe non moins hostile et contrôlée. Menace qui pourrait se transformer en opportunité, ou en dérive dramatique.
Les Français et leur rapport au travail
Nous avons collecté, mes collègues et moi-même les faits relatifs à l’attitude des européens par rapport au travail. Il est certes difficile de simplifier en la matière. Par exemple le Gers et la Région Parisienne ne se comportent pas de la même façon que Lille ou Strasbourg. Des bruits affectent la clarté des messages et des statistiques. Ces dernières ne nous renseignent guère sur le climat de travail. Cependant dans le cas de la France et de l’Espagne, par exemple, le rapport signal-bruit est suffisamment important pour qu’on puisse conclure à un phénomène inquiétant de démission, d’atonie et d’apathie en France, doublé d’un zèle et d’une compétence digne d’éloges dès qu’il s’agit de profiter des lacunes du système pour se faire entretenir au dépens de ceux qui travaillent d’autant plus dur que les autres ne le font pas.
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Saturday, 25 August 2007
La France au travail et les Français à la pétanque
J'ai été en retard pour la rédaction du journal du 25, étant occupé à changer d'hôtel. Me voici passé du Château au Grand Hôtel. Cet établissement, fréquenté entre les deux guerres par ma mère et se amies, avait conservé voici quelques années un charme désuet. Il n'était pas très luxueux, mais confortable, le public était sympathique : beaucoup de vieux couples, des genevois venu assister aux ventes aux Enchères de Me Kohn, à la recherche d'opalines Napoléon III, de tapis anciens, de Renoirs presque authentiques, de Trouilleboeuf, authentiques, et autres meubles estamplillés Jacob. Une de figures les plus marquantes étaient Marcel Dassault, accompagné d'un général-assistant-garde du corps et de son épouse, Lucienne Marino, pianiste. La piscine manquait du confort le plus élémentaire, et c'est pourquoi voici quelques années j'émigrai au Château qui venait de s'en doter une, magnifique, et dont le parc était un véritable paradis vert. Le château ayant décliné, à la suite de manque de personnel qualifié, je descendis au Grand Hôtel.
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Friday, 24 August 2007
Le paradigme Necromonte, niveau d'abstraction
Quatrième livraison
Bessie la vache, et ses amies
(D'après Hayakawa)
Armin Necromonte
Le grand public a compris qu'une des raisons de la desaffection des épargnants pour les actions, tient à l'opacité et à l'extrême sophistication des outils boursiers.
Alexandre
A quoi est-ce dû?
Necromonte
A un phénomène qu'on nomme l'abstraction au point mort. En général lorsqu'on remplace la réalité par des mesures, des indices de qualité, des coefficients, des chiffres d'affaires, des mètres carrés, on est capables de retransformer - au moins par l'imagination - ces données abstraites par une image de la réalité qu'ils représentent. La carte permet de retrouver le territoire, et d'en donner une idée qui permette de nous orienter. Mais il arrive des cas où les manipulateurs de signes afin de distiller les données, de les triturer, d'en évaluer les probabilités d'occurrence, ne sont plus capables de retrouver la voie qui leur permettrait de revenir au réel. C'est comme un avion monté à une très haute altitude et qui ne pourrait ni redescendre sur terre, ni rattache ce qu'il voit à une expérience concrète. C'est cela qu'on appelle l'abstraction au point mort;
Alexandre
J'ai entendu dire que les gens qui manipulent les modèles économétriques, et qui prévoient par exemple si un fonds classé AAA va donner du B, n'ont pas la moindre idée des réalités qu'ils notent. Ils ne font pas la différence entre une usine agroalimentaire tchecoslovaque et un atelier de designers situé dans la silicon valley.
Necromonte
C'est tout à fait exact. Ils manipulent des chiffres comme les physiciens quantiques ce qu'on suppose être le réel. D'ailleurs leurs modèles, comme les paquets d'ondes de la physique quantique, sont probabilistes. Plusieurs scénarios incompatibles peuvent être simultanément admis, lisez n'importe quelle prédiction sur le futur et vous verrez que souvent c'est un événement imprévisible qui oriente le trigger, l'embranchement du rail dans telle ou telle direction. Par ailleurs, lorsque nos mathématiciens formulent un prévision sur un paquet de créances sur l'immobilier, certaines informations sont superbement ignorées : la vue, la tranquillité, l'effet de masse, le voisinage etc... Et pourtant ce sont ces données qualitatives qui décident qu'un bien sera acheté ou ne trouvera pas preneurs. On voit des quantités de programmes immobiliers dont l'architecture reflète l'idéal qui les sous tend et qui a nom "greed".Mais lorsqu'on passe des ondes de probabilités à l'échelle humaine, qu'on réduit le paquet d'onde à une particule et que le chat de Shroedinger finit par mourir ou rester vivant, on se trouve dans un univers dense, concret : celui de la transaction. Et on s'aperçoit que ce ne sont par les données économétriques qui l'emportent, mais la certitude de ne pas se tromper due à l'intuition, l'instinct et la deserendipity. Ainsi, les modèles probabilistes prétendent refléter une réalité dont les constituants individuels leur échappent complètement; La réaction psychologique des acheteurs en fait partie.
Bessie la vache et ses mystères
Hayakawa, le grand sémanticien, introduit Bessie la vache pour expliquer la notion de niveau d'abstraction.
Pour un petit éleveur, à la tête d'un cheptel d'une douzaine de vaches, chacune à ses caractéristiques propres, son caractère, ses forces et ses faiblesses. Il peut même entretenir des relations conviviales avec certaines d'entre elles et leur donner de petits noms affectueux. C'est ainsi qu'il distingue Rosie la noire, de Bessie la blanche tachée de brun. Rosie peut être plus robuste, Bessie meilleure laitière... Mais qui est Bessie la vache? Si nous demandons ceci à un boucher nous n'aurons pas la même réponse que celle d'un vétérinaire. Dans tous les cas c'est un tas d'organes, de viande, et en allant plus loin, une organisation complexe de cellules.
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