Billets par Bruno Lussato
Saturday, 7 July 2007
Chronique italienne N°13

Suicides doux
Je pensais y avoir été un peu fort avec mes sinistres quatre cavaliers d'hier. Je me suis dit que cela tournait à l'obsession apocalyptique. Et puis... aujourd'hui les journaux italiens en rajoutent. A en croire certains gourous, il y a 50% de chances que l'espèce humaine ne franchisse pas la barrière du siècle. Elle aura accompli toute seule une autodestruction aussi efficace, que les siècles de glaciation qui ont eu raison des dinosaures. Alleluiah ! L'apocalypse, celle de Jean, est moins sinistre. Tout d'abord la fin du monde met bien plus de temps à s'accomplir, et puis pour nous consoler, il y a la grande prostituée de Babylone, de la porno à grande échelle. Evidemment la pollution des eaux, le bombardement venu des sauterelles d'acier larguant leur charge bactériologique, la secheresse et les inondations, la désinformation pénétrant dans chaque foyer sur des murs-écran, et puis la carte à puce renfermant les données obligatoires pour pouvoir commercer, circuler, respirer et même mourir, tous ces malheurs, ont leur contrepartie contemporaine, mais au moins ils étaient localisés à certaines régions (un tiers de la surface de la terre) alors grâce à la globalisation c'est toute la planète qui est touchée. Et puis l'Apocalypse finit sur un happy end, exclu même dans les hypothèses les plus optimistes des écologistes. Non, décidément mon article sur les cavaliers de l'apocalypse, je ne le désavouerai pas. A ceux qui nourriraient encore un doute, je les renvoie à quelques articles de journaux.
Continuer à lire "Le journal du 8 juillet 2007"
Chroniques italiennes N°12
JOKE
Un médecin reçoit un ami en consultation. "J'ai une mauvaise et une bonne nouvelle à t'annoncer. La mauvaise : tu n'en as que pour trois mois à vivre. La bonne : je viens de coucher avec ma secrétaire".
Ce n'est ni très original, ni de très bon goût, vous direz-vous. C'est pourquoi un des artistes les plus célèbres de notre temps, Richard Prince, a transcrit cette plaisanterie (joke) sur une toile et l'a vendue à prix d'or, comme toutes celles de la série des "jokes". En voici une autre, un peu plus longue.
Après avoir participé à une rixe dans un bar, un ivrogne prend sa voiture, parcourt le trottoir à contre-courant et tu quatre jeunes gens de vingt ans. Légèrement blessé il est soigné à l'Hôpital. Après quelques jours, étant guéri, il s'ôte le pyjama, salue les infirmières et s'en va.
Certes, on aurait pu profiter de son immobilité forcée de quelques jours pour lui adresser un mandat d'arrêt, mais la loi stipule qu'il est inutile d'arrêter un imputé en pyjama, le risque de fugue n'existant pas. Et en effet, le prévenu ne s'est pas sauvé, on lui a appelé un taxi et il est sorti par la porte principale.
L'homme est un immigré albanais nommé Ashim Tola et l'histoire est relatée en première page de La Stampa.
Friday, 6 July 2007
Chroniques italiennes N°11
Les quatre cavaliers de l'Apocalypse
Ci dessous la page de garde d'un des volumes du manuscrit "éléphant," ( L'Entretien) .jpg)
Le premier, monté sur un cheval blanc, promettait la victoire. Il partit sous les acclamations de la multitude. Il annonçait un monde meilleur, où la globalisation, le libre-échange, la technologie informatique, la découverte de nouvelles ressources, suspendraient le cours de l'histoire. Il partit pour combattre l'obscurantisme, et ne revint jamais.
Le second, monté sur un cheval rouge, sûr de sa force et de sa virilité, combattit les mécréants, les esclaves et les corrompus. Il les domina, massacra hommes femmes et vieillards, et les survivants, il les réduisit en esclavage.
Le troisième, monté sur un cheval noir, expliqua qu'il fallait économiser les ressources, que la planète n'était pas un pourvoyeur éternel ni sans fin. On mesura ainsi l'énergie, l'eau, le pain et l'huile, et le temps. Il fut secondé par une armée de bureaucrates zélés qui, comme des sauterelles, firent main basse sur toutes les denrées épargnées par le second.
Le quatrième, monté sur un cheval jaune, assécha les océans, noya les terres fertiles, et fit de la planète verte, une terre jaune où des ossements pourrissaient.
Continuer à lire "Le journal du 7 juillet 2007"
Chroniques italiennes N°10
La Fiat 500 a été inaugurée hier. Un triple symbole : de l'ingéniosité industrielle de l'Italie, de la dynastie des Agnelli, de ce que peut faire un patron génial.
A gauche Lavinia et John Elkann.
Voici environ trois ans, on parlait beaucoup de John Elkann, que son grand-père L'avoccato avait adoubé comme son successeur. Après mûre réflexion il avait jugé que ce jeune homme prudent et réservé était digne de prendre la tête de la famille et de la défendre. Il l'avait formé dans ce but. Notamment il bénéficia des conseils des deux hommes que j'estime les plus efficaces dans le domaine du management : Jack Welch et - à l'occasion d'un déjeuner - Thierry Breton.
Le jeune homme était très aimé par le public, surtout à cause de la Juventus et de Ferrari, qui étaient partie intégrante de Fiat. Mais surtout, Fiat c'est l'Italie, et quand Fiat va mal, c'est le pays qui en pâtit. Les gens de condition populaire, faisaient instinctivement confiance à "Jacky" et pensaient "si quelqu'un peut sortir Fiat de là, c'est lui". En fait le mérite de John Elkann et de Gabetti, son mentor, fut de recruter et de soutenir dans une période catastrophique, un manager de la trempe de ceux que je viens de nommer : Sergio Marchionne. J'ai eu l'occasion de lire son crédo managérial, et il est parfaitement en phase avec Welsh et Breton.
Il est de bon ton de déplorer la différence de salaire entre un patron et un employé de base, notamment à l'occasion des révélations sur l'enrichissement du président de Vinci. Certes, il est particulièrement scandaleux de ménager des parapluies dorés pour des parachutés de l'Ena, de l'administration et du lobby politico-bureaucratique. C'est une des tares de notre pays, infesté par les connivences entre grands corps et milieu industriel et bancaire. Mais c'est une exception française, car dans la plupart des pays touchés par Matrix (la globalisation) le milieu rémunère bien contre des résultats et fait jouer la concurrence sans états d'âme lorsqu'il s'agit de se disputer des leaders. L'exemple de Marchionne montre l'extraordinaire impact que peut avoir le talent, le charisme et la vision d'un seul homme de conviction sur le sort d'une firme, qui naguère frôlant la faillite, voit sa valeur multipliée par 5 en trois ans.
Ceci n'aurait pas été possible sans le sang-froid dont ont fait preuve les dirigeants du groupe, dans l'oeil du cyclone. Il est facile après coup à des bureaucrates de ciller sur l'orthodoxie de certaines mesures, et de se montrer tatillons. Qu'ils aillent expliquer cela à des ouvriers menacés par des restructurations massives!
Généralement dans les sociétés d'une certaine ancienneté, gérées par des héritiers viellissants avides de pouvoir, et ne voulant pas en abdiquer une parcelle au profit d'étrangers au clan, ou à la famille, les managers de génie ne font pas long feu. C'est la raison d'être notamment des fameux parachutes dorés. Au début, on les traite comme des sauveurs, puis quand les résultats commencent à être au rendez-vous, les avanies commencent avec les intrigues, et bien souvent les actionnaires se mêlent de tout, croyant que la propriété des actions leur donne compétence et talent.
Continuer à lire "La renaissance d'un symbole : la Fiat 500"
Théorie de l'Information psychologique (TIP)
Axiomes de départ et premières définitions
Spécificité du conscient. Le dilemme psychophysiologique (suite)
Si nous prolongeons le raisonnement de Niels Bohr relatif à l’inexistence de la notion de présent dans les théories scientifiques, la sensation de présent étant secrétée par notre conscient, nous aboutissons à une vision choquante pour certains et improbable pour d’autres.. Mais la rejeter nous forcerait à admettre l’impossible. (cf. Quand on l’écarte l’impossible, l’improbable devient vérité).
Il nous suffit, en l’état actuel de nos connaissances, d’admettre que notre champ de représentation R, est en quelque sorte plat (c’est-à-dire à trois dimensions au lieu de quatre) dans l’hyperespace à quatre dimensions : longueur, largeur, hauteur, ligne d’univers. Il n’a aucune épaisseur temporelle, au contraire du monde matériel dans lequel il baigne, et en particulier du cerveau.
Ce dernier est déployé en acte dans les quatre dimensions et ne « sait pas » plus que les autres objets inanimés ce qu’est le présent. R est donc partie d’un « hyperplan » commun sans doute avec l’espèce humaine, et peut être avec le monde vivant tel que nous le percevons, hyperplan à trois dimensions et parcourant la ligne d’univers selon une translation pratiquement irréversible. (cf. l’image de la saucisse relativiste et du train de la vie). Tout au long de cette traversée, la trace des événements s’accumule aussi bien dans notre cortex (mémoire biologique) que dans l’univers tout entier (comme les couches concentriques que l’on admire dans la section des arbres millénaires).
Ce que nous nommons le passé, n’est autre que la réception d’états actuels (au croisement entre l’hyperplan et l’hypervolume du cortex) et n’a rien à voir avec une réelle incursion dans un passé qui nous échappe. Les systémistes nous apprennent que le temps est une succession d’états, et qu’on ne peut avoir accès à l’histoire du système que par le recours à l’état le plus récent .
L'épaisseur temporelle du présent
Cependant, ce que nous appelons le présent n’est curieusement pas dépourvu d’une épaisseur temporelle u. Paul Fraisse dans « psychologie du temps » affirmait déjà que l’instant (situation de R où aucun élément ne bouge) dure d’un trente sixième de seconde (états hypnagogiques) à 16 secondes (méditation yoga, où le temps semble suspendu). C’est le passage d’un état au suivant qui donne l’impression de mouvement, comme un film composé d’images fixes qu’on fait défiler à grande vitesse. Les images sont ici, les champs de représentation R, successifs dont le défilement est à sens unique : translation le long de la ligne d’univers, du passé au futur.
Les réductionnistes assimilent l’esprit au cerveau, son siège est dans le cortex et il n’est qu’un épiphénomène à vrai dire encombrant, du mécanisme hormonal qui régit d’après eux notre pensée. Je pense donc je suis, pourrait se traduire par : mon cerveau émet des hormones, donc je suis. D’une manière plus raffinée on pourrait prétendre que l’esprit est une carte dont le substrat neurologique est le territoire. Au mieux il y a pour eux, isomorphisme entre esprit et cortex, au pire, identité.
Malheureusement ce point de vue des béhavioristes et de ceux qui ne conçoivent l’homme que neuronal, est contredit par l’approche en première personne, et par la comparaison entre les processus corticaux et les états de conscience. Nous allons nous en expliquer.
Continuer à lire "Masterclass 12"
Thursday, 5 July 2007
Grand bleu
Le temps est revenu au bleu et le paysage a des airs de Bill Viola, avec le dialogue harmonieux entre la nature et la civilisation. En haut une petite barque minuscule, tout en bas un parasol rouge et le drapeau italien. Au milieu, sous le récif, un être humain cherche l'équilibre sur un frêle esquif. On se croirait dans une plage d'Atoll, refuge de toutes les espérances perdues. Hélas, la revue que je vous propose, risque d'être moins poétique.

Continuer à lire "Le journal du 6 juillet 2007"
|
Commentaires