Billets par Bruno Lussato
Monday, 17 September 2007
Quoi de commun entre Grâce Kelly et Annette Messager?
RIen en apparence. Mais lisez Hayakawa. Le grand sémanticien établit une claire distinction entre l'art d'évasion et le grand art, celui des génies de la dramaturgie, des arts de la peinture, des architectes, des compositeurs. L'art d'évasion qui est souvent celui du divertissement, nous éloigne de la réalité, d'une réalité douloureuse ou décevante, à l'instar d'une drogue, d'un tranquillisant. Vous vous projetez dans un monde imaginaire, vous vous identifiez à un personnage flatteur ou puissant, vous vivez par procuration des situations d'autant plus fascinantes qu'elles sont faites pour fasciner. Mais après, vient le réveil, et vous vous sentez désemparé, dépaysé par la rude réalité, le monde est désenchanté, et aussi vite que possible, vous vous replongez dans l'univers sans pesanteur de la fiction, comme l'enfant effrayé se blottit sous les couvertures dans une chaude obscurité utérine. Mais il en subsiste toujours un sentiment d'incomplétude, causé par un décalage deviné pais nié entre la fiction séduisante et la réalité. La magnifique saga de Grace Kelly fait partie de ces fictions enfantines, primaires. L'image de la princesse ne peut survivre au temps. Nul enseignement ne peut être tiré des ces images polychromes d'un bonheur inatteignable, et on n'en retire que le sentiment fondé, d'un paradis d'autant plus perdu qu'il n'a jamais existé.
En revanche, voyez Wozzeck, l'opéra d'Alban Berg. L'histoire atroce d'un homme misérable qu'on rend fou, qui égorge sa femme et se noie, laissant un petit orphelin. Les dernières mesures juxtaposent trois images mentales fortes, plus fortes encore de leur superposition. 1. Les enfants excités qui cruellement viennent apprendre la nouvelle au petit : "La Marie, elle est morte! " et qui, joyeusement vont voir le cadavre, 2. Le pauvre petit tout seul dans la rue déserte et dans le monde hostile, qui continue à chevaucher son cheval de bois, un vieux balai et dit "hop hop ! hop hop ! ". 3. A l'orchestre un accord de douze sons étale répété trois fois, accord horizontal calme comme le grand sommeil, comme l'étang, comme la mort injuste et indifférente. Et cela donne une immense pitié, qui nous anime du désir que cela n'arrive jamais plus, une grande compassion. On pleure et cette catharsis est nécessaire, la splendeur formelle de la musique, le génie du compositeur, inversent le désespoir, apportent une réponse à tant de malheur quotidien. Sans cynisme, l'oeuvre d'élévation accroît notre lucidité, elle nous prépare à affronter les malheurs de l'existence et à y apporter des réponses positives. Et c'est cette catharsis qui fait que contrairement à l'oeuvre d'évasion, des images éffrayantes nous laissent un arrière goût consolant, nous font progresser dans la voie du développement et dans la connaissance de notre être essentiel.
Les installations d'Annette Messager sont des visions funèbres d'épouvante et une révélation des tréfonds de notre inconscient; Mais nous en sortons émerveillés, grandis, plus sages et plus conscients de la complexité de l'âme féminine et pour les hommes, mieux préparés pour la comprendre.
Art d'évasion, art d'élévation (suite)
Les messagers de Messager
Il vous reste à peine huit heures pour vous précipiter à l'exposition d'Annette Messager! Débrouillez-vous si vous habitez dans la région parisienne, annulez des rendez-vous, pretextez une forte migraine ou la grippe aviaire, peu importe, mais allez-y. Car vous n'aurez pas l'occasion de sitôt de vous retrouver dans un tel univers de cauchemar!
Frédéric Bonnet m'avait averti, il s'agit d'une exposition splendide qui eût mérité mieux que l'aile sud de Beaubourg. Par ailleurs j'avais visionné le DVD où l'artiste explique son parcours, sa technique, son propos. Et je connaissais plusieurs de ses oeuvres pour les avoir vu dans des musées. Mais, Marina Fédier qui m'accompagnait a raison lorsqu'elle dit que la seule manière de connaître l'oeuvre d'un artiste, est d'assister à une grande exposition et autant que possible, une rétrospective. Et, compléter par la lecture de ses entretiens et si possible lui parler, visiter son atelier. Les oeuvres isolées de Massager prenaient un relief saisissant, intégrée dans un ensemble cohérent et aussi vaste que celui-ci. En lisant Bonnet j'avais l'impression qu'il s'agissait d'une petite exposition tenant en deux salles, alors qu'il s'agit d'un ensemble d'installations immense, exigeant une heure pour son survol rapide et bien plus pour son approfondissement. Tout ce que je puis faire, n'ayant ni le talent ni les connaissances de Bonnet, c'est de vous communiquer mes impressions brutes, des connotations personnelles suscitées par ces objets monstrueux, sans cesse en mouvement et animés d'une pulsation nocturne, mystérieuse.
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Sunday, 16 September 2007
Art d'évasion et art d'élévation
Grace Kelly, Hitchcock et Annette Messager
On a beau tolérer les passerelles, on se demande quel rapport il est possible d'établir entre le documentaire sur la vie de la Princesse de Monaco à l'occasion du vingtcinquième anniversaire de sa mort, et l'exposition "Les Messagers" déjà commentée par Frédéric Bonnet et dont j'avais promis de livrer mes réactions; Mais le rapport existe, il faut oser le voir. Osons.
Le parcours d'une princesse
L'information : le bonheur, l'information derrière l'information : le vide.
C'est un vrai conte de fées que nous donnait à voir Arte avant-hier : les quatre chapitres d'une vie d'exception prématurément tronquée.
1. La naissance et la jeunesse protégée, dans une famille quelque peu puritaine et richissime.
2. L'évasion et la carrière de star. Mais quelle star : non pas une actrice mimant le comportement d'une princesse, mais une jeune fille qui pouvait en remontrer aux vraies princesses, sous l'angle de la dignité, de la discrétion un peu froide, de l'élégance, de la beauté, du charme, de l'intelligence et des bonnes manières, avec cette simplicité intimidante qui est la marque des vraies âmes artistocratiques. La rencontre avec Hitchcock permit à toutes ces qualités exceptionnelles d'atteindre leur apogée avec en prime un humour irresistible. Fenêtre sur Cour, la main au collet, sont des chefs'd'oeuvre de raffinement.
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Pour en finir avec le politiquement correct (suite)
En parcourant Le Point
L'islam est victime de sa culture esclavagiste
L'esclavage en terre d'islam. Malek Chebel. Fayard. "Celui qui se convertit à l'islam ne peut être retenu en esclavage". Loi édictée par le calife Omar mort en 644, stipule que le musulman ne peut être asservi par son coreligionnaire, ni être asservi par lui.
Nombre de slaves de confession orthodoxe ont été réduits en esclavage, notamment sous le califat turc.
Il est vrai que les musulmans ont organisé la traite des noirs pendant près de dix siècles en toute bonne conscience.
Depuis trop longtemps les musulmans sont imprégnés d'une culture de l'asservissement. Ils doivent s'en affranchir. (La Mauritanie en est à sa troisième loi d'affranchissement promulguée en 2007)
Tabou sur la guerre des blacks
Depuis plus de dix ans les Renseignements généraux tirent en vain la sonnette d'alarme sur les bandes ethniques qui 'affrontent jusque dans la capitale. Les pouvoirs publics font semblant de découvrir le phénomène.
Lucienne Bui Trong : la maladie du politiquement correct a rendu le phénomène ethnique tabou. A tous les échelons ont jouait de la gomme, il fallait éviter tous le mots à coloration technique, pour ne pas donner une image raciste de la police.
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Saturday, 15 September 2007
En finir avec le politiquement correct, point à la Ligne
En parcourant Le Point du 13 septembre 2007
Egalité et injustice (F.O.G.)
"où comme dit l'autre, tous sont égaux, mais certains sont plus égaux que les autres" . L'autre, c'est Georges Orwell dans Animal Farms". Cette formule convient parfaitement à toutes les idéologies prétendument égalitaires que j'ai réunies sous le nom de "Diamant vertueux" et qui comprennent les régimes communistes et révolutionnaires, de l'ex-Union Soviétique à la Corée du Nord. La France n'est pas en reste avec les régimes spéciaux de retraite défendus par les syndicats d'aujourd'hui et les socialo-communistes de naguère. Au nom de quoi des agents roulants de la SNCF ont-ils droit à une retraite à cinquante ans refusée aux métiers du bâtiment? Il ne suffit pas de rectifier le tir comme le propose un Manuel Valls et à sa suite le PS. Il faut se demander quel ressort idéologique a freiné une reconnaissance aussi tardive et dénoncer les esprits faux et malhonnêtes qui ont engagé notre pays dans cette voie d'exception. On en est loin, et on préfère avec le Point, féliciter onctueusement les nouveaux repentis pour "leur incontestable sens de l'Etat".
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Thursday, 13 September 2007
La nouvelle lutte des classes :
nouveaux riches étrangers vs. nouveaux pauvres français
Je viens de voir une émission de télévision –une fois n’est pas coutume- sur le haut artisanat d’exception, qui devrait faire plaisir à François Hollande, et à tous les très nombreux français qui n’aiment pas les riches mais adorent les très très riches. Les riches clients qui font vivre les Hermès, Boucheron et autres Lagerfeld, sont en effet tous étrangers, et généralement non européens. Certes, on peut faire mieux car les fournisseurs de ces nababs et leur personnel, doivent dépasser le seuil de richesse permise, ces officines devraient être gérées par des officines étatiques composées d’honnêtes smigards. Mais ce n’est ni l’avis de J.P.Sartre, ni celui de l’ISD, le think tank politiquement incorrect du blog.
Sartre le communiste, n’est pas à une contradiction près. Il démontre avec talent que la haute culture ne prospère que dans la prospérité. Sans l’existence de riches, il n’est pas d’artistes géniaux, de poètes, de grands peintres ; l’art est un produit dérivé des inégalités sociales et de la haute bourgeoisie. Ce n’est pas d’un état égalitaire et socialiste que vont surgir les Rembrandt ni les Damien Hirst. Certes Basquiat a beau jeu de fustiger la société new yorkaise, mais sans le patronage de Warhol, pur produit de la ploutocratie, eût-il atteint la notoriété ? Peut-être, mais plus difficilement.
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