Tuesday, 26 June 2007
Chronique italienne N°2
Il serait trop fastidieux de dépouiller et d’analyser les différentes rubriques, depuis les événements internationaux jusqu'aux disputes entre adolescents et forces de l’ordre. Je me bornerai ici à jeter quelques observations prises au hasard et tout à fait subjectives.
1. 60% des italiens sont contre Prodi. Motif : il n’a tenu que les promesses négatives : accroissement des charges et des impôts, poids accru d’une bureaucratie tatillonne, corruption, et incapacité totale à gérer les affaires du pays, comme autrefois des tâches qu’on lui a confiées. On déteste Berlusconi qui avait tendance à confondre ses affaires personnelles avec celles du pays, mais on trouve à présent que les choses sont bien pires avec Prodi. On regrette de l’avoir élu par réaction contre Berlusconi, mais c’est trop tard pour le plaindre, il y est, il s’accrochera, et on en a pour cinq ans.
2. D’une manière générale les italiens pensent que leurs dirigeants sont pires que les nôtres et que l’Italie souffre d’un morcellement de petits partis dont des factions révolutionnaires dont l’influence sur Prodi est considérable et occulte. On pense que la bipolarisation de la France est une chance pour le pays, surtout si la gauche abandonne des positions idéologiques d’un autre temps en semant la discorde et la haine. On préfère la position pragmatique de Ségolène Royal tout en s’étonnant qu’elle ait sciemment trompé ses électeurs sur les 35 heures et le Smig à 1500 euros, pour des raisons d’obédience idéologique.
3. Nicolas Sarkozy bénéficie d’une sympathie générale aussi bien à gauche qu’à droite. On pense que son pari est presque impossible à tenir et on espère pour lui qu’il aura le courage de tenir ses positions sans se laisser infléchir ni intimider, auquel cas, ses discours ne seront que… des discours, des gesticulations,. On aura alors perdu en France une grande opportunité qui ne se représentera pas de sitôt.
4. Les journaux accordent une importance croissante aux arts plastiques.
Continuer à lire "Le journal du 26 juin 2007"
Monday, 25 June 2007
L'hypersaucisse et le train infernal
Deux expériences de pensée
Eric s’est donné la peine de poster deux commentaires dans lesquels il reconnaît n’avoir rien compris à mes explications. Je suis persuadé que la plupart de mes lecteurs, pensent la même chose, sans l’écrire, mais en se disant : c’est un jargon incompréhensible, ça me prend la tête, changeons de crémerie ! On les comprend, mais ils auraient tort, car le sujet est tout à fait crucial : ne remet-il pas en cause toutes nos catégories mentales, un peu comme le fit Copernic. Copernic, c’était la fin du géocentrisme : l’homme au centre de l’espace. Le paradoxe de Dunne c’est la fin du chronocentrisme : l’homme au centre du temps.
Le centre de l’espace, c’est la vision astrologique : le lieu et la date de naissance, l’ici et maintenant.
Le choc perturbateur : imaginer que sous nos pieds des homme marchent les pieds en haut et la tête en bas. Aberrant !
Le centre du temps c’est le présent. Le passé n’existe pas puisqu’il n’existe plus. Le futur n’existe pas, puisqu’il n’existe pas encore. Seul ce minuscule intervalle de 1.30e à 16 secondes, que perçoit (mal) notre conscient concentre en lui toute la réalité du monde. Niels Bohr a contesté cette vision archaïque de l’espace-temps, mais elle perdure et ce n’est que dans deux siècles peut-être que le grand public en viendra à bout. Cela vaut pourtant la peine de ne pas attendre jusque là et de trouver des expédients pour admettre avec notre intuition le fait que le futur et le passé coexistent. Cette question me perturbait depuis que j’avais dix-sept ans et je finis par avoir recours à deux expériences de pensée pour éclairer le paradoxe. J’étais alors hanté par Einstein et la théorie de la relativité restreinte, mais beaucoup moins sensible à Plank et à Heisenberg. Les deux expériences de pensée sont beaucoup plus accessibles que le recours à la réduction du train d’ondes et l’évocation de futurs existant simultanément en tant que potentialités. Voici donc mes deux expériences fictives.
Continuer à lire "Le paradoxe de Dunne revisité pour Eric"
Chroniques italiennes

Tous les ans, de fin juin à la mi-juillet, j’occupe la même chambre dans le même hôtel, un des derniers palaces authentiques de la péninsule. Le propriétaire l’onorevole commendatore Bertolini (ils sont tous honorables et commandeurs dans ce pays, même votre serviteur !) dirige l’hôtel depuis que je le connais, c'est-à-dire au lendemain de la guerre, où je résidais à Courmayeur au « Royal Hôtel Bertolini ». Il ne payait pas de mine, l’hôtel, mais le service était de tout premier ordre avec cette gentillesse qu’on ne trouve pas chez le personnel compassé des Cala di Volpe et autres lieux pour le people. Là où je me trouve, la cuisine, l’accueil et l’environnement sont exceptionnels. Ma chambre donne sur un parc tropical, loin de la ville et de la plage, et les prix sont tout à fait à la portée de la bourse d’un commissaire de police (un des amis que je me suis faits, hôte de l’établissement depuis des années) que – pour les chambres de luxe, au niveau des russes les plus fortunés et de l’aristocratie la plus huppée. Le soir on voit la haute silhouette du commendatore, hanter les lieux, relever tel ou tel détail, mettre lui-même la main à la pâte… Il me rappelle de ce point de vue Gerard Mulliez en train d’inspecter, même après sa retraite, ses hyper marchés. Mais à la différence de Mulliez, l’obsession du profit et de l’accroissement sans limites de son pouvoir avait laissé indifférent Bertolini, qui au lieu d’acquérir d’autres établissements, avait au contraire vendu l’hôtel de Courmayeur à un groupe multinational, pour mieux se consacrer à celui de San Remo, dont il fit un véritable joyau, survivance d’un passé oublié, où la fusion du luxe, du calme et de la volupté sont une réalité concrète.
Continuer à lire "Le journal du 25 juin 2007"
Saturday, 23 June 2007
La parapsychologie est chose trop sérieuse pour être laissée aux parapsychologues
Le paradoxe de Dunne Quand l’impossible est exclu, l’improbable est vérité
Je crois bien que c’est d’Hercule Poirot que provient cette lumineuse constatation. Quoi qu’il en soit, je vais essayer de m’extraire du syndrome de Lady Macbeth qui empoisonne les parapsychologues. J’entends par là la recherche frénétique de preuves de l’existence des phénomènes psi. à l’intention de gens qui de toute évidence ne s’en satisferont jamais. Pendant qu’ils courent comme des écureuils dans une cage circulaire, ils négligent la recherche fondamentale, c'est-à-dire la production d’hypothèses de travail, rassemblées dans une synthèse qui fournissent un semblant d’explication. On se demande s’ils sont simplement fascinés par la recherche d’une légitimité sans cesse refusée par des chercheurs qui se gardent bien de refaire leurs expériences, ou, si tout simplement, ils ne possèdent pas les connaissances requises et les compétences nécessaires à la formalisation créatrice. Quoi qu’il en soit, je me propose dans ce journal de vous livrer quelques expériences de pensée et quelques sujets de réflexions qui intéresseront aussi le profane en la matière.
A propos de la recherche académique de validation par les moyens à la mode.
Je n’étais alors qu’un jeune chef de travaux en management, lorsque je fus un jour invité à l’Université de Berkeley par un de mes brillants étudiants, J.P. qui achevait son PhD en psychologie de l’information ou quelque chose s’approchant. Le but du travail – effectué dans un « workshop » (atelier) où les informaticiens dominaient, était de définir le caractère d’un étudiant d’après ses réactions face à un terminal. Afin d’affranchir le cobaye de toute interférence, on le plaçait dans une cabine enterrée deux étages sous le campus, seul devant un clavier écran. Les murs étaient peints en noir afin d’éliminer le facteur perturbant du décor.
Continuer à lire "Le journal du 24 juin 2007"
Impressions de Venise II
Penser avec les sens, sentir avec l’esprit
Jusqu’au 21 novembre
Arsenal et Pavillon italien des Giardini
www.labiennale.org
Revenons sur la Biennale de Venise, où à côté des pavillons nationaux installés dans les Giardini et dispersés dans la ville, se tient la toujours très attendue exposition internationale, sise à l’Arsenal et dans le Pavillon italien.
Confiée pour la première fois à un américain, Robert Storr, ancien conservateur au MoMA de New York, elle déçoit les nombreuses attentes placées en elles.
Storr, esprit brillant qui a orchestré au MoMa de très belles expositions, et notamment une formidable rétrospective Gerhard Richter en 2002, avait annoncé, avec sa thématique « Penser avec les sens, sentir avec l’esprit », vouloir réconcilier les « séparations factices » entre le sensuel et l’intellectuel, et pour ce faire « donner du plaisir là où il y a quelque chose de caché pour réfléchir ».
Une belle profession de foi peu suivie d’effets, alors que paradoxalement ce n’est pas le choix des artistes qui est en cause.
Parmi les 100 sélectionnés, tous ne sont pas intéressants, heureusement ! Mais force est de constater que l’exposition réserve de beaux moments. Le jeune italien Paolo Canevari par exemple, qui avec « Bouncing Skull » (2007) livre un film remarquable et glacial, où un enfant joue au football avec un crâne humain devant un édifice presque détruit.
Le colombien Oscar Muñoz revient subtilement sur les disparitions politiques avec une suite de cinq écrans vidéos. Dans son « Proyecto para un memorial » (2003-05), un pinceau dessine à l’eau sur du béton des portraits qui s’effacent très rapidement sous l’effet du soleil.
La redécouverte de l’argentin León Ferrari est savoureuse. Particulièrement son Christ crucifié sur un avion militaire qui tombe en piquée, qui n’a pas pris une ride (« La civilización occidental y christiana », 1965).
Avec « Tijuanatanjierchandelier » (2006), le regretté Jason Roadhes livrait une belle et vaste installation où mots en néon et objets traditionnels évoquent les migrations.
De bonnes œuvres donc, et un accrochage impeccable. Mais l’ennui avec cette exposition c’est qu’à quelques exceptions près, telle une somptueuse série de six toiles très complexes de Richter (« Cage 1-6 », 2006), le rideau de perles dorées de Felix Gonzalez-Torres, ou le film d’animation très psychologique de la japonaise Tabaimo, où une main s’aventure dans une maison de poupée pour en faire et défaire l’organisation (« Dollfullhouse », 2007), on perçoit peu les notions de plaisir et de sensualité annoncée par le commissaire.
Son exposition fonctionne plutôt comme un réquisitoire accablant et sans échappatoire sur la déliquescence du monde contemporain. S’y enchaînent la guerre, les rétentions, les crises économiques, les problèmes migratoires, la faillite des utopies, l’enfermement et la surveillance… Tout cela sans que jamais, où presque ne pointe un relent d’optimisme. La traversée du long arsenal confine donc, au bout d’un moment, à l’épreuve.
Storr est américain. Il ne fait nul doute qu’il est profondément atterré et marqué par le comportement de son pays et son enlisement dans le bourbier irakien, et que cela influe sur sa perception du monde et du regard qu’y portent les artistes.
Reste que ce pessimisme exacerbé n’est pas la seule réponse à y apporter. Nombreux sont les artistes, à traiter de sujets difficiles sur le fond d’une manière plus légère dans la forme. N’importe quel visiteur est à même de faire la part des choses et de savoir que le monde dans lequel il vit ne tourne pas rond et comporte un lot phénoménal d’ignominies sans nom. Le seul constat, même s’il est salutaire, ne suffit pas à faire avancer la prise de conscience. Car la seule dénonciation, pessimiste et accablante, ruine l’idée qu’il y a encore des raisons d’espérer, des possibilités d’intervenir. On veut pourtant encore le croire.

Paolo Canevari
Bouncing Skull
2007
Video
Cortesy; Paolo Canevari, Galleria Christian Stein, Milano

Leon Ferrari
La Civilización Occidental y Cristiana
1965
Tecnica mista / Mixed media
cm 200x120x50
Colección Alicia y León Ferrari
Photo: Ramiro Larraín
Courtesy of the artist
NB : Contrairement à ce que j'annoncais dans la chronique du 9 juin, le Lion d'Or récompensant le meilleur pavillon, qui en 2005 avait récompensé Annette Messager, sera our la première fois décerné au mois d'octobre.
Le photographe malien Malick Sidibé a toutefois reçu un Lion d'Or pour l'ensemble de sa carrière, qui lui a été décerné le 10 juin dernier.
Friday, 22 June 2007
Wozzeck discounté
On connaît la mode des versions en DVD à très bas prix et diffusées dans les kiosques. Il s'agit leplus souvent de rééditions de films populaires dans le meilleurs sens comm dans le pire.
Le Monde, qui nous a déjà donné Rashomon, le chef-d'oeuvre d'Akiro Kurosava, vient d'offrir au public pour un prix ridicule, l'opéra qui a marqué notre temps : Wozzeck d'Alban Berg, et dans la version de référence, celle de DImitri Mitropoulos. On me permettra à l'occasion de cette sortie dans les kiosques, quelques impressions concernant l'opéra de Berg.
C'était en 1955, à Paris, si je ne m'abuse. Un festival de musique contemporaine se tenait au Théâtre des Champs Elysées. Parmi les oeuvres représentées on citera Oedipus Rex , l'oratorio de Strawinsky, dirigée par l'auteur, récitée par Jean Cocteau et chantée par Eugenia Zareska et Wozzeck; dirigé par Dimitri Mitropoulos.
En ce temps là il n'y avait pas de sur-titrages, et on devait de contenter d'apporximations. Ce qui se passait sur scène était impressionnant mais de la fosse s'échappaient des sons aussi incompréhensibles que ceux chantés par les acteurs. La musique c'est comme le cinéma, ça s'apprend, dirai-je pour paraphraser Picasso, et je n'avais pas appris le chinois. Ma sensibilité n'allait guère au delà de Mahler ou Menotti. Je fus d'autant plus honteux de n'entendre que du bruit désagréable de ce qu'on présentait comme une oeuvre majeure, que la salle toute entière ovationnait la réalisation. A l'entre-acte j'entendis pérorér une dame endimanchée et parée comme une chasse devant un auditoire respectueux.
"Chers amis, disait-elle, ce qui me gêne un peu dans cet opéra, c'est son aspect désuet. Par exemple dans l'interlude avant la fin, ça ressemble tout à fait au Crépuscule des dieux.". Mon complexe d'infériorité eut le dessus sur mon sens de l'économie, et j'achetai le programme. Il y était dit que dans le dernier acte et le dernier interlude, les thèmes qui représentait les caractères de l'Opéra, défilaient tous,comme une procession funèbre". Je protestai auprès de la matrone : le passage dont vous parlez, dis-je, vous ne l'aviez pas encore entendu et d'ailleurs la ressemblance avec le passage correspondant dans "le pêcheur et son âme" est inaudible pour la moyenne qui vous applaudit à tout rompre. -.
Depuis, sous les conseils de René Leibowitz, klachetai la partition en réduction avec des portées de quatre lignes. Ainsi un équivalent visuel se superposait à l'extrême classicisme de l'oeuvre, toujours vivante mais difficilement compréhensible. Lue, l'oeuvre semblait d'un grand clacissisme, mais malheureusement trop subtiles. pour être appréhendées sans partition.
Aujourd'hui,je maintiens avec conviction que le plus grand opéra du XVIII siècle est Don Juan; suivi par Tristan au XIXe et par Wozzeck au XXe siècle. Le curieux c'est que les trois héros : sont tous des obsédés sexuells. et leur obsession les conduit à la mort.
Continuer à lire "Le journal du 23 Juin 2007"
|
Commentaires